Jésus, déroutant mais percutant

Publié le 5 Mai 2013

››› Ecouter la prédication

››› Télécharger le texte de la prédication

Lecture biblique : Marc 10.1-31

Jésus déjoue le piège qui lui est tendu... mais avec une réponse qui peut nous paraître étonnamment stricte sur le divorce. Il se met en colère envers ses disciples... pour leur donner comme modèle les petits enfants. Et il répond à la demande d'un jeune homme en recherche avec tant d'exigence que celui-ci s'en va tout triste.

Avouons que c'est un peu déroutant ! Comment le comprendre ?


Une question polémique

La question des Pharisiens est, une fois de plus, légaliste : "a-t-on le droit de renvoyer sa femme ?" Est-ce que c'est permis ou non ?

La réponse de Jésus est nuancée, tout en étant très exigeante, parce qu'il a le souci d'exprimer ce qu'est la volonté de Dieu. Une volonté qui ne peut se résumer à une simple affirmation de ce qui est permis ou interdit...

Quand on parle de la volonté de Dieu, il faut distinguer entre ce qui est l'expression du projet de Dieu pour nous et ce qui est de l'ordre des concessions. On a ici l'exemple du mariage et du divorce. Le projet de Dieu, c'est une union indissoluble, que personne n'a le droit de briser. L'enjeu, c'est de préserver la notion d'alliance, qui régit les relations de Dieu avec les hommes, et son peuple en particulier.

Mais le divorce est une concession faite à cause de la dureté de notre cœur. Autrement dit, à cause du péché. Dans un monde parfait et dans une humanité parfaite, on ne parlerait même pas de divorce ! On n'envisagerait même pas son éventualité !

Mais le Seigneur nous connaît... et il fait avec ce que nous sommes. C'est pourquoi il autorise la possibilité du divorce. Vous remarquerez que le texte de Deutéronome est assez souple !
"Supposons ceci : Un homme se marie, mais un jour, sa femme ne lui plaît plus, parce qu'il a quelque chose à lui reprocher. Alors il écrit une lettre de divorce, il donne ce papier à sa femme et il la renvoie de chez lui." (Deutéronome 24.1)

C'est culturellement marqué par une société patriarcale. Mais ça ne jette pas l’opprobre sur la femme, qui peut se remarier. En fait, le texte vise plutôt à protéger les femmes puisque les versets suivants interdisent au premier mari de reprendre sa femme si elle s'est remariée et a de nouveau divorcé. On ne traite pas les femmes comme des objets qu'on jette et qu'on reprend à sa guise !

Bref, sur la question du divorce, comme sur bien d'autres, il vaut mieux un moindre mal qu'une obstination qui ne tient pas compte de la réalité.

Mais avec ses disciples, en aparté, Jésus rappelle le projet de Dieu. Il va plus loin que la concession de Moïse.
« Quand un homme renvoie sa femme et se marie avec une autre, il commet un adultère envers la première. Et quand une femme quitte son mari et se marie avec un autre, elle commet un adultère. » (v.11-12)

Remarquez qu'ici il ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes... Le projet de Dieu est le même. Celui d'une union qui dure, une alliance qu'on ne peut briser.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Pour le mariage et le divorce comme pour toutes choses, nous ne devons pas oublier le projet de Dieu. C'est ce qui est bon pour nous. L'idéal vers lequel tendre. L'erreur des Pharisiens, c'est d'avoir codifié la concession de Moïse pour en faire une règle, un droit.

Quand on s'interroge pour connaître la volonté de Dieu, il ne s'agit pas pour nous de faire une liste d'interdits et d'obligations, de droits et de devoirs. Mais il s'agit plutôt de discerner quel est le projet de Dieu pour tel ou tel domaine de notre vie.


Deux exemples édifiants

La suite du récit permet d'élargir la réflexion. Il y est question du Royaume de Dieu et de la façon d'y entrer. On pourrait dire que le Royaume de Dieu, c'est son projet pour nous. Un Royaume qui a ses exigences, son idéal. Et les deux épisodes contrastés qui suivent viennent l'illustrer.

Les petits enfants

D'abord avec les petits enfants que leurs parents veulent apporter à Jésus pour qu'il les bénisse. Les disciples veulent l'empêcher et Jésus se met en colère. Les petits enfants, ce sont justement eux le modèle pour le Royaume de Dieu !

« Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas. En effet, le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme les enfants. Je vous le dis, c'est la vérité : si quelqu'un ne reçoit pas le Royaume de Dieu comme un enfant, cette personne ne pourra jamais y entrer. » (v.14-15)

Il s'agit de recevoir le Royaume de Dieu comme les enfants. C'est intéressant : pour y entrer, il faut le recevoir. C'est le Royaume qui vient à nous, ce n'est pas nous qui allons à lui. L'erreur est de vouloir entrer dans le Royaume de Dieu, trouver la porte ou essayer de la forcer, par nos mérites ou nos actions pieuses. Il s'agit, comme un petit enfant dépendant de ses parents et qui reçoit tout d'eux dans la confiance, de recevoir de la même façon le Royaume de Dieu, sa Parole, son amour.

Le jeune homme riche

Le jeune homme riche le souligne encore. Lui qui cherche l'entrée dans le Royaume de Dieu : « Bon maître, qu'est-ce que je dois faire pour recevoir la vie avec Dieu pour toujours ? » (v.17)

Et on comprend bien qu'il ne s'agit pas simplement d'obéir à des commandements. Le jeune homme le dit lui-même : il a suivi tous ces commandements depuis son enfance ! Là n'est pas la clé pour entrer dans le Royaume de Dieu.

La clé du Royaume de Dieu, c'est Dieu qui la détient. Pas nous. Ce ne sont ni nos efforts, ni notre consécration qui nous assurerons une place dans le Royaume de Dieu. Pour le jeune homme de l’Évangile, ce n'est pas le fait de vendre tous ses biens qui lui ouvrirait les portes du Royaume de Dieu. Mais en le faisant, il montrerait que sa confiance et sa sécurité ne sont pas dans ses richesses mais en Dieu. Finalement, il redeviendrait comme un petit enfant...


Conclusion

L'exigence de Jésus à propos du mariage, qui est dans la même veine que sa relecture décapante de la loi dans le Sermon sur la Montagne, pourrait nous décourager. C'est impossible ! On ne peut pas y arriver...

C'est bien ce que disent les disciples à la fin de notre texte : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

La réponse de Jésus doit nous ôter toute illusion : « Pour les hommes, c'est impossible...» Mais il précise aussitôt : « Pour les hommes, c'est impossible, mais non pour Dieu. En effet, pour Dieu, tout est possible. »

C'est la que réside notre espérance ! Dieu rend possible ce qui nous est impossible. Si nous lui faisons confiance, comme des petits enfants, alors il peut nous rendre capable de faire sa volonté, de tenir nos engagements, d'entrer dans ses projets.

Rédigé par Vincent

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article