Se conduire en disciple du Christ

Publié le 14 Avril 2013

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Lecture biblique : Marc 9.30-50

On marche, on discute, et la discussion prend de l'ampleur, peut-être même que le ton monte. C'est ce qui s'est sans doute passé avec les disciples, sur le chemin de Capernaüm. Et Jésus a dû laisser traîner une oreille pour entendre ce qui se disait... 

Arrivés à Capernaüm, Jésus pose une question, qui semble anodine : "De quoi est-ce que vous avez discuté en marchant ?" Jésus fait celui qui ne sait pas mais en réalité il sait parfaitement de quoi il était question. Et ce sera l'occasion pour lui d'enseigner ses disciples et de leur expliquer ce que signifie être disciple du Christ...

 

Être serviteur de tous 

"De quoi est-ce que vous avez discuté en marchant ?" Les disciples hésitent à répondre. Ils ne sont pas très fiers de leur sujet de discussion : lequel d'entre eux est le plus grand. Ils devaient se douter que ça ne plairait pas trop à leur maître...

Et même si, gênés, ils n'ose pas avouer de quoi ils parlaient, Jésus leur répond quand même. Avec une phrase qui claque, une phrase paradoxale, qui prend le contrepied de la dispute des disciples : 

"Si quelqu'un veut être le premier, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous." (v.35)

C'est un renversement digne de l’Évangile. Dans la même veine que "les premiers seront les derniers" ou "pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut devenir comme un petit enfant". 

Une fois encore, Jésus invite à un renversement radical de notre façon de penser. Il met en garde ses disciples contre un état d'esprit de concurrence les uns avec les autres. La vie chrétienne, la vie d’Église, ce n'est pas une compétition pour savoir lequel est le plus spirituel, lequel prie le plus longtemps chaque matin, lequel connaît le mieux sa Bible, lequel a le plus de convertis à son tableau de chasse... 

Dans la communauté des disciples du Christ, il ne doit pas y avoir d'ambition personnelle au détriment des autres. L'ambition, elle doit être communautaire et s'exprimer dans le service mutuel. 

Peu importe qui est le plus grand ! Ce qui compte, c'est comment on est serviteur les uns des autres. Y compris des plus petits ! D'où l'exemple que Jésus prend avec le petit enfant qu'il met auprès de lui en disant : « si quelqu'un reçoit un de ces enfants à cause de moi, c'est moi qu'il reçoit. Et cette personne qui me reçoit, ce n'est pas moi qu'elle reçoit, elle reçoit celui qui m'a envoyé. »

Être serviteur de tous, même des plus petits, c'est se donner la chance d'être serviteur de Dieu lui-même. Vouloir être le premier au détriment des autres, pour flatter notre orgueil ou satisfaire notre ambition personnelle, c'est prendre le risque de s'exclure de la communauté des disciples et s'éloigner de Dieu. 


Celui qui n'est pas contre nous, est pour nous.

Accueillir les petits, s'accueillir mutuellement, refuser la compétition entre les disciples... OK, c'est bien. Mais l'accueil doit bien avoir des limites ! On ne peut pas accueillir tout le monde sans réfléchir !

C'est un peu ce que Jean laisse entendre quand il dit à Jésus qu'ils ont voulu empêcher quelqu'un de chasser les esprits mauvais au nom de Jésus, parce qu'il n'appartenait pas au groupe des disciples. On ne peut quand même pas cautionner tout et n'importe quoi ! 

Mais Jésus répond : ne l'empêchez pas ! "Celui qui n'est pas contre nous, est pour nous." (v.40) 

La réponse est étonnante et souligne que le refus de la concurrence concerne non seulement le cercle des disciples entre eux mais aussi ceux qui sont en dehors de leur cercle. Les disciples ne doivent pas penser qu'ils sont les propriétaires du nom de Jésus, qu'ils sont les seuls à pouvoir agir au nom de Jésus. Ils ne sont pas les seuls disciples AOC !!!

En réalité, Jésus nous met ici en garde contre le replis sectaire. Nous ne devons jamais nous croire seuls détenteurs de la vérité, les seuls vrais chrétiens à être fidèles au Christ. Parce qu'il faut bien avouer que la tentation d'attribuer des labels de vrais chrétiens AOC existe ! Des labels qu'on attribue autant à des personnes qu'à des Églises... 

Bien-sûr que nous avons des divergences théologiques avec certaines Églises, bien-sûr que certains comportements, certaines façons de prier et de vivre sa vie chrétienne sont différentes des nôtres... Mais est-ce une raison d'exclure, de dénigrer, de condamner ? 

Si le Christ est annoncé, si le Seigneur agit en eux et à travers eux comme en nous et à travers nous, n'est-ce pas là l'essentiel ? "Celui qui n'est pas contre nous, est pour nous." 

 

Une exigence de radicalité... avec nous-mêmes !

Est-ce à dire que nous devions tomber dans le relativisme ? Que nous devions vivre dans le monde des Bisounours où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? Que nous devions refuser toute radicalité ? Non ! 

L'exigence de radicalité liée à l’Évangile existe, mais elle commence avec soi-même. C'est ce que Jésus souligne dans la dernière partie de notre texte, par le biais d'une série d'hyperboles. Il ne s'agit évidemment pas de prendre ces paroles au pied de la lettre ! Mais elles expriment bien une radicalité. 

L'enjeu premier, c'est de ne pas être une occasion de chute pour qui que ce soit.  Si tu fais tomber l'un de ces petits, il vaudrait mieux pour toi qu'on attache une grosse pierre à ton cou et qu'on te jette dans la mer. L'hyperbole est parlante et exprime la priorité absolue que représente le fait de ne pas devenir une occasion de chute.

Ce qu'il convient de faire alors, c'est de se couper de ce qui ne va pas dans notre vie. Si c'est ta main, coupe-la. Si c'est on pied, coupe-le. Si c'est ton œil, arrache-le. Évidemment, ce sont des images. Mais pour être vraiment serviteurs de tous, pour ne jamais être une occasion de chute pour qui que ce soit, il faut avoir une exigence de vie et refuser dans notre vie, dans notre comportement, ce qui est destructeur pour les autres et pour soi. 

Une exigence qui ne se manifeste pas seulement par la négative et le fait de se séparer de ce qui ne va pas. Mais aussi de façon positive, en préservant ce qui est bon. En étant comme du sel qui garde toute sa saveur. 

Dans notre vie, il n'y a pas que des mauvaises choses dont il faut se débarrasser, il y a aussi de belles choses qu'il faut préserver et mettre en valeur. Nos dons, certains traits de notre personnalité, nos belles expériences, notre capacité d'aimer... voilà ce que peut être le sel qui donne une saveur à notre vie. Un sel que nous devons préserver. 

 

Conclusion

Être disciple du Christ, c'est avant tout être serviteur de tous. Et pour l'être vraiment il faut rejeter toute dérive sectaire et garder une haute exigence de vie sur soi-même. 

C'est donc vivre une réelle conversion tant il est vrai que, naturellement, nous cherchons plus à être les premiers qu'à être des serviteurs. Nous sommes facilement tentés de donner ou non des labels d'authenticité à ceux qui ne font pas partie de notre cercle. Nous nous accommodons de pensées ou de comportements qui sont finalement destructeurs, pour les autres ou pour soi. 

Alors si nous voulons être ses disciples du Christ plein de saveur, soyons serviteurs ! Soyons ouverts à l'oeuvre du Seigneur ici et ailleurs ! Veillons sur notre conduite pour ne pas être une occasion de chute. 

Alors nous serons comme du sel qui a gardé toute sa saveur. Un sel qui donne du goût à la vie, et qui donne envie de goûter à la vie avec le Christ. 

Rédigé par Vincent

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