Le Royaume de Dieu : le service, aujourd'hui (Prédication du 18 octobre 2009)

Publié le 18 Octobre 2009

Cette prédication a été donnée dans le cadre d'un culte en commun avec l'Eglise Réformée d'Avignon.

Lecture biblique
 : Marc 10.32-45

Voilà trois ans que les disciples suivent Jésus. Ils ont tout quitté pour le suivre parce qu'ils voyaient en lui celui qui pouvait être le Messie. C'est lui qui pourrait instaurer le Royaume de Dieu.

Voilà trois ans qu'ils suivent Jésus. Ils ont assisté à des miracles, ils ont entendu son enseignement. Ils ont même reçu des instructions spécifique puisque Jésus les a choisi, eux, les 12...

Voilà trois ans qu'ils suivent Jésus... mais ils n'ont pas tout compris. Loin de là. C'est d'ailleurs la troisième fois que Jésus leur annonce qu'il va mourir et ressusciter. Il précise même un peu les circonstances : la condamnation injuste, la torture et les moqueries... Mais les disciples ne comprennent toujours pas.

Ils sentent bien que quelque chose est en train de se mettre en place. Ils ont bien perçu l'hostilité montante des chefs religieux. Et là, ils sont en chemin vers Jérusalem. 

Jésus mène le cortège. Il sait où il va. Et il sait ce qui l'attend. Les disciples, eux, suivent. La tension monte imperceptiblement et ils ont peur. Sans doute parce qu'il se rendent compte, plus ou moins consciemment, que le dénouement approche.

Et pour les disciples, en tout cas pour Jacques et Jean, le dénouement ça ne peut être que l'instauration du Royaume messianique et la gloire ! Même si Jésus vient de leur dire qu'il va être condamné à mort, qu'il sera moqué, fouetté, craché dessus...

Alors ils osent. Ils demandent à Jésus la faveur de leur réserver les places d'honneur dans la gloire. 

Pourquoi Jacques et Jean ont-ils eu l'audace de cette demande ? 
Peut-être parce qu'ils faisaient partie des intimes de Jésus. Avec Pierre, ils avaient accompagné Jésus sur le mont de la Transfiguration !
Alors ils ont peut-être voulu prendre Pierre de vitesse, pour une fois... 
Matthieu laisse entendre, que c'est leur mère que le leur a suggéré... 

Les deux frères laissent quand même le choix à Jésus de décider qui sera assis à gauche et qui à droite !!!

La réponse de Jésus n'est pourtant pas un reproche : « Vous ne savez pas ce que vous demandez... ». Mais elle est le constat de l'incompréhension des disciples. Incompréhension des enjeux. Incompréhension de la nature du Royaume dont Jésus parle. Incompréhension du chemin qui conduit à l'instauration de ce Royaume... 

Jésus ne s'irrite pas contre les deux frères... les autres disciples, oui ! Pourquoi ? Et s'ils avaient peur, après coup, de s'être fait « griller sur le fil » ? Jaloux de leur audace... ils auraient bien voulu le demander, eux !

En tout cas, ils n'obtiennent pas de réponse à leur requête ! C'est comme si Jésus leur disait : Vous aurez bien tout ce que vous ne pensez pas demander (la coupe et le baptême : les souffrances) mais vous ne saurez rien au sujet de ce que vous demandez !

Mais surtout, c'est l'occasion pour Jésus de se recentrer sur l'essentiel.

Ce que Jacques et Jean demandent, c'est la gloire demain. Ce que Jésus attend de ses disciples, c'est le service aujourd'hui.


Le Royaume de Dieu, c'est déjà aujourd'hui

Jacques et Jean se préoccupaient de la gloire du lendemain... et ils ne se rendaient pas comptent qu'ils travaillaient déjà dans le Royaume de Dieu, aujourd'hui !

Pour beaucoup aujourd'hui encore, la perspective sur le Royaume de Dieu est faussée. 
- La vie éternelle, c'est la vie après la mort. 
- Le salut, c'est une place réservée au Paradis. 
- Le Royaume de Dieu, c'est un monde parfait pour demain. Etc...

La foi, ce n'est pas seulement composter son billet pour le Paradis ! C'est s'engager aujourd'hui comme citoyen actif du Royaume de Dieu. L'insistance de Jésus tombe sur aujourd'hui !

Les vraies questions à se poser sont :
- Quelle est ma relation à mon prochain ? 
- Comment être porteur du message de l'Evangile parmi mes contemporains ?
- Comment manifester l'unité entre frères et soeurs en Jésus-Christ ? 
- Comment est-ce que j'oeuvre pour le Royaume de Dieu aujourd'hui ?

Il y aura bien un lendemain pour le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu, c'est déjà aujourd'hui, même si ça sera plus encore demain ! Jésus ne dit pas à Jacques et Jean qu'il n'y aura pas de gloire, ni même qu'il n'y aura pas de place d'honneur ! 

Il ne faut pas oublier cette dimension d'espérance. Ne réduisons pas la foi à un engagement social ou humaniste. La foi est aussi une espérance de résurrection, de création nouvelle... une attente de l'accomplissement du plan de Dieu.

Mais le Royaume de Dieu commence aujourd'hui (il a même commencé hier). Demain ne nous appartient pas. C'est aujourd'hui que le Royaume de demain se prépare.

Puisque c'est aussi un culte « de la cité », précisons que le Royaume de Dieu n'est pas en conflit avec les royaumes ou les états de ce monde. Il peut parfaitement s'intégrer aujourd'hui dans la République... dans la mesure où on ne les confond pas ! C'est pour cela qu'on trouve dans le NT des exhortations explicites à prier pour les autorités civiles et politiques !


Le règne de Dieu, c'est le service

Voilà qui entre en contraste avec la façon humaine de régner. 

L'exercice du pouvoir, en politique, en entreprise ou même dans une association rime souvent avec domination. Il faut bien montrer qui est le chef... et faire respecter la hiérarchie !

Le règne de Dieu n'est pas animé par cette conception du pouvoir. C'est le service qui est au coeur du règne de Dieu. Avec l'exemple suprême de Jésus : son service jusqu'à la mort. 

Nous retrouvons ici le principe du sacerdoce universel des croyants, cher à la Réforme. Il n'y a plus de prêtres parce que tous sont prêtres... et un seul est grand-prêtre : Jésus-Christ. Ce principe s'accorde avec l'impératif de Jésus à être serviteur les uns des autres. 

Le Royaume de Dieu n'est pas une affaire de place à réserver ou à mériter, pour la gloire demain. C'est une affaire de service aujourd'hui.

L'esprit de service, c'est avant tout un changement de regard sur l'autre. Considérer les autres comme supérieurs à soi-même... non pas pour se rabaisser mais pour élever l'autre. Il s'agit de se demander comment je peux servir mon prochain plutôt que se demander comment me servir de lui ! Se demander ce que je peux lui apporter plutôt que ce qu'il va pouvoir me donner...

Mais l'esprit de service n'a de sens que s'il est mutuel ! Sinon, il y a les serviteurs et les maîtres, ceux qui donnent et ceux qui reçoivent... et on retombe dans l'exercice du pouvoir par la domination !


Conclusion

Finalement, on peut être reconnaissant à Jacques et Jean d'avoir posé leur question ! Ça a permis à Jésus de replacer pour nous la compréhension de son Royaume dans une juste perspective.
- Le Royaume de Dieu n'est pas pour demain seulement mais commence aujourd'hui.
- Le règne n'est pas dans la domination mais dans le service.
- La préoccupation des citoyens du Royaume de Dieu que nous sommes appelés à être ne doit pas être la gloire de demain mais le service d'aujourd'hui ! 

Voilà une perspective qui peut tout changer, dans nos relations avec notre prochain, dans nos liens entre Eglises, dans notre engagement au sein de notre société.

Il ne s'agit pas seulement d'attendre le Royaume qui vient mais de s'engager aujourd'hui dans le Royaume qui est déjà inauguré avec la venue de Jésus-Christ et qui s'accomplira pleinement demain.

Rédigé par Vincent

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