L'histoire d'une femme anonyme
Publié le 23 Décembre 2012
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Lecture biblique : Marc 5.21-43
La semaine dernière, nous avons médité deux récits successifs, liés l'un à l'autre. Deux récits spectaculaires, la tempête apaisée et la délivrance du démoniaque gérasénien, qui illustraient l'autorité absolue du Christ, le Fils de Dieu.
Ici encore deux récits sont liés. Et même imbriqués l'un dans l'autre. Deux récits de guérison. L'un extraordinaire, puisqu'il s'agit d'une résurrection. L'autre moins spectaculaire, la guérison d'une femme atteinte d'une perte de sang. L'une concerne une famille importante et réputée : celle de Jaïrus , un des chefs de la synagogue. L'autre, une femme dont on ne connaît presque rien. Une femme dont on n'aurait même jamais entendu parler, si Jésus n'avait pas arrêté le cortège de la foule !
C'est l'histoire d'une femme anonyme...
Une femme dans l'anonymat
On ne connaît pas son nom. Elle est perdue dans la foule. C'est ce qu'elle veut d'ailleurs : surtout qu'on ne la reconnaisse pas ! 12 ans de perte de sang c'est 12 ans d'impureté rituelle. De quoi la mettre au banc de la société... Pour elle, il vaut mieux qu'elle reste anonyme. Elle n'a pas l'intention de déranger Jésus. Juste un contact, en passant. Toucher son vêtement. Ce sera suffisant.
Son récit apparaît comme une parenthèse. Elle était anonyme. Elle le redevient à la fin du récit. Aussitôt le miracle accompli, on passe à autre chose. La fille de Jaïrus est morte... Et on ne parle plus de cette femme. Les témoins n'ont même pas le temps de réagir, Jésus se remet en marche. Alors qu'après la guérison de la fille de Jaïrus les réactions sont décrites dans l'évangile. Comme si Jésus voulait respecter la pudeur, la discrétion de cette femme.
On ne saura jamais son nom. Et si Jésus ne s'était pas arrêté pour savoir qui avait touché son vêtement, on n'aurait même jamais entendu parler de son histoire... Peut-être avait-elle quelques proches avec qui elle a pu partager sa joie. Mais pour nous elle restera toujours "la femme atteinte d'une perte de sang"... Une femme anonyme, guérie par Jésus.
Et puis, médiatiquement, sa guérison ne fait pas le poids face à celle de la fille de Jaïrus. Une perte de sang, même depuis 12 ans, qu'est-ce que c'est par rapport à une résurrection ?
Le caractère anonyme de cette guérison me touche. Elle nous rappelle que toute l'oeuvre du Seigneur ne se fait pas sous la lumière des projecteurs. Il agit aussi dans le secret, la discrétion, l'anonymat de la foule.
Combien de guérisons ? Combien d'interventions de Dieu dans l'anonymat ? Une oeuvre secrète de Dieu. Loin de tout battement médiatique. Des interventions de Dieu qu'on ne perçoit pas... à cause de la pudeur de celui qui en a bénéficié et qui préfère les garder secrètes, ou les partager avec ses proches seulement. Mais aussi peut-être parce que nous ne portons pas attention à certaines personnes discrètes. Ou pire, parce que nous estimons que Dieu ne peut pas agir pour telle ou telle personne...
Je suis persuadé que dans le secret de vos vies, le Seigneur est à l'oeuvre. Je sais qu'il guérit, qu'il console, qu'il relève, qu'il transforme là, tout près de moi. Chez mon voisin ou ma voisine, parfois plus profondément chez ceux qui ne le disent pas.
Une guérison les yeux dans les yeux
Pourtant, bien que restant anonyme, cette femme n'en est pas moins mise en lumière par Jésus. Quelques instants.
Parce que Jésus fait attention aux anonymes. N'est-t-il pas, lui-même, venu presque en anonyme sur terre ? Voyez le récit de Noël ! Un petit enfant, né dans une étable, dans une famille modeste. Un anonyme parmi la foule venue se faire recenser à Bethléem... Le Fils de Dieu fait homme vient sur terre de façon anonyme. Il demeure même incognito pendant une trentaine d'années de sa vie !
La question des disciples est symptomatique : "la foule est très serré autour de toi et tu demandes 'qui m'a touché ?' " Pour les disciples, c'est juste une foule nombreuse. Pour Jésus, au milieu de la foule, il y a quelqu'un qui a besoin de lui.
Pour Jésus, il n'y a pas d'anonyme. Il connaît cette femme, même s'il respecte sa pudeur. Il ne veut pas en faire une star ! Il ne dira pas son nom, mais il veut la guérir les yeux dans les yeux. Jésus ne veut pas la guérir dans l'anonymat. Même si elle y retournera quelques minutes plus tard... Il veut voir cette femme. Il veut que ses disciples la voient. Jésus veut la guérir et donner sa foi en exemple.
Et puis, à la fin du récit de la fille de Jaïrus, on apprend une chose. Un détail. La fille de Jaïrus avait douze ans. Pourquoi cette précision ? Qu'elle ait douze ans, ou dix, ou treize, qu'est-ce que ça change ? Douze ans, c'est aussi la durée de la perte de sang de la femme... Comme un petit clin d'oeil, un rappel de ne pas oublier cette femme qui est repartie dans l'anonymat.
Jésus ne l'a pas oubliée. L'évangile ne l'a pas oubliée... nous devons nous souvenir de son histoire. Parce qu'elle nous parle d'une foi pudique mais authentique. Parce qu'elle nous montre un Jésus qui respecte la discrétion de cette femme mais vient la guérir les yeux dans les yeux.
Conclusion
Il n'y a pas d'anonyme pour le Seigneur. Personne n'est perdu dans la foule pour lui. Aucun visage ne lui est inconnu, aucun coeur ne lui est caché. C'est au milieu de la foule des hommes que nous sommes anonymes. Parfois oubliés par les autres, parfois ignorés, parfois rejetés.
Cette femme anonyme, atteinte d'une perte de sang, et à cause de cela sans doute rejetées, perçue comme impure, voir maudite, cette femme anonyme l'a appris. Elle voulait rester discrète. Jésus voulait la guérir au grand jour. Elle est restée anonyme... mais guérie.
A l'échelle humaine, nous sommes tous des anonymes... certains plus que d'autres, certains peut-être même pour leur voisin de chaise. Mais pas pour Jésus. Il vous connaît par votre nom. Il veux poursuivre son oeuvre en vous, les yeux dans les yeux.
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