Tout est permis... mais tout n'est pas utile

Publié le 26 Juin 2011

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Lecture biblique : 1 Corinthiens 10.23-24

Il y a des phrases qui claquent, qu'on retient sans mal. Des affirmations choc qu'on se plaît à répéter, voire à accommoder à toutes les sauces ! Celle qu'on trouve dans ces versets en fait partie. 

« Tout est permis mais tout n'est pas utile. » Ça claque ! C'est bien dit ! Et je suis sûr que vous l'avez déjà entendue répétée, peut-être même l'avez-vous utilisée. Etait-ce à bon escient ? Essayons d'y réfléchir...

 

Un slogan : « Tout est permis ! »

Il faut probablement comprendre l'expression « Tout est permis » comme une sorte de slogan cité par Paul. Sans doute était-ce l'argument massue des « super apôtres » de Corinthe pour justifier leur conduite. « Tout est permis ».

Et Paul ne les contredit pas... Oui, tout est permis. Nous sommes libérés par le Christ, sous la grâce tout est permis. Nous ne sommes pas sous les interdits et les contraintes.  Il ne contredit pas ce slogan... mais il le précise !

« Tout est permis... mais tout n'est pas utile ». Le slogan est incomplet. La question n'est pas seulement de savoir ce qui est permis ou ne l'est pas, de revendiquer ses droits et ses privilèges personnels. Mais aussi de prendre en compte les autres. Il ne s'agit pas seulement de se demander si c'est permis pour moi mais si c'est utile pour tous. Paul précise encore : « Tout est permis, mais tout n'est pas constructif. » 

L'apôtre se place dans la perspective de l'Eglise. Quand on est chrétien, on se doit de regarder plus loin que son nombril ! On fait partie d'une communauté et ce que je dit ou ce que je fais doit être évalué à la lumière de la communauté. Quelles sont les conséquences de mes paroles pour les autres, quelles sont les implications de mes actes pour la communauté ? Et il ne s'agit pas seulement de se demander si c'est bien compris entre nous mais si c'est aussi bien perçu de la part des gens du dehors.

Et c'est particulièrement vrai en ce qui concerne des questions délicates. Ce qui est le cas avec notre texte. Le contexte du chapitre 10 est en lien avec la question de la consommation des viandes sacrifiées aux idoles. Une question épineuse pour l'Eglise du premier siècle, dans le contexte païen de Corinthe. Etait-il possible de s'associer à des fêtes qui ont à la fois un caractère religieux et social au cours desquelles on consomme de la viande préalablement offertes à des idoles ?

Théologiquement, pour Paul, c'est clair : les idoles ne sont rien, la viande sacrifiées aux idole reste de la viande. Point. Il n'y a rien de magique...  et il n'y a pas de danger en soi dans le fait de manger une telle viande.

Mais la vraie question n'est pas de savoir s'il est permis d'en consommer ou non mais quel sera l'impact autour de nous si on en consomme ? Quel sera l'impact sur la communauté si on s'associe à des rites païens qui honorent des faux dieux ? Quel sera le témoignage envers les gens de l'extérieur ? « Ne soyez une pierre d'achoppement ni pour les Grecs, ni pour les Juifs, ni pour l'Eglise de Dieu... » (1 Corinthiens 10.32)

Face à des questions délicates, on aimerait parfois avoir un discours manichéen : soit c'est bien soit c'est pas bien, soit c'est permis soit c'est interdit. Les évangéliques sont assez forts pour ça, en général... Mais il y a des questions qui ne peuvent pas être réglées de façon aussi tranchées. Les problèmes sont complexes et ils demandent des réponses nuancées.

Et justement, le slogan revisité par Paul nous invite à développer deux vertus : l'équilibre et la nuance.

 

Deux vertus : l'équilibre et la nuance

Pour nous, aujourd'hui, la consommation des viandes sacrifiées aux idoles n'est pas vraiment une préoccupation ! Mais nous ne manquons pas de sujets épineux... En matière d'éthique sexuelle et familiale, des questions liées à la santé, au monde du travail, à Internet, à l'accueil de l'étranger...

A Corinthe, le problème était le laxisme et la justification de toutes les débauches au nom de la liberté et à coup d'arguments super spirituels. L'apôtre Paul doit recadrer les choses et rappeler qu'on ne peut justifier tout et n'importe quoi au nom de la liberté en Christ. Ailleurs, par exemple dans l'épître aux Galates, il doit faire l'inverse et dénoncer les contraintes et les chaînes que les chrétiens s'imposent. Il doit rappeler la liberté de la grâce : « C'est pour la liberté que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme, et ne vous remettez pas sous le joug de l'esclavage. » (Galates 5.1)

Mais dans les deux cas, notre slogan fonctionne. « Tout est permis, mais tout n'est pas utile ». Soulignant la nécessité de l'équilibre et de la nuance.

Reste, bien-sûr, la difficulté du curseur... Nous le plaçons rarement tous au même endroit ! Certains tendent plus du côté des contraintes par peur du laxisme, d'autres plutôt du côté de la liberté par crainte du légalisme. Les deux craintes se justifient... il s'agit de trouver l'équilibre ensemble.

D'où l'importance d'une réflexion en commun, d'une ouverture à l'autre qui refuse le jugement hâtif. Le souci d'une perspective communautaire qui ne réfléchit pas seulement en termes de droits ou de devoirs personnels mais en terme d'intérêt commun. Dans l'équilibre et la nuance...

Il est d'ailleurs intéressant de noter que dans le contexte de l'épître, Paul a souligné la dimension de communion de l'Eglise, qui s'exprime à son paroxysme dans la célébration de la Cène. « Puisqu'il y a un seul pain, nous, la multitude, nous sommes un seul corps ; car nous partageons tous le même pain. » (1 Corinthiens 10.17).

La référence à la Cène nous recentre sur le Christ, ici encore notre modèle.

 

Un modèle : Jésus-Christ

La perspective de « se faire tout à tous » que Paul a fait sienne, n'est rien d'autre qu'une imitation du Christ. Le Fils de Dieu est devenu homme. Il est devenu l'un des nôtres pour nous sauver.

La réponse de Dieu pour notre salut n'est ni le jugement à l'emporte pièce ni la permissivité : « finalement tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ! C'est l'incarnation, par laquelle Dieu nous rejoint dans notre humanité, avec nos souffrances, nos limites. Il endosse nos souffrances et meurt pour nous. Et il ressuscite ! Il a sacrifié sa vie pour l'intérêt de tous. Il n'a pas tout réglé d'un coup de baguette magique. Il s'est rendu solidaire de notre malheur pour y apporter la solution par sa mort et sa résurrection.

Si Dieu n'avait regardé qu'à ses droits, il aurait rayé l'humanité de la carte et aurait recommencé ailleurs, sur une autre planète ! Mais Dieu, en Jésus, s'est rendu solidaire de l'humanité. Il n'a pas cherché à préserver ses droits divins, il a préféré y renoncer pour l'intérêt de la communauté des hommes.

Ce qui était « utile » et même bien plus dans ce cas, ce qui était vital pour l'humanité, c'était pour le Fils de Dieu de renoncer à ses droits, de quitter sa gloire, et de venir sur terre pour donner sa vie.

A la lumière du modèle du Christ, le slogan « Tout est permis » devient bien mesquin, égoïste, infantile. A se centrer uniquement sur ses propres droits, on en oublie les besoins des autres. On en oublie qu'on est membre d'un même corps, unis par celui qui a donné sa vie pour nous.

 

Conclusion

« Tout est permis... mais tout n'est pas utile ! » C'est bien un slogan choque, une phrase qui claque ! Mais c'est surtout une affirmation pleine de sagesse. Un mot d'ordre que nous sommes appelés à suivre et qui nous rappelle à la fois la liberté que nous avons reçue en Christ et la solidarité que nous sommes appelés à vivre dans l'Eglise.

Tout est permis car nous sommes libérés par la grâce. Mais tout n'est pas utile parce que nous sommes membres d'un même corps solidaire et que nous devons en tenir compte.


questionPour aller plus loin

Pour prolonger la réflexion quelques questions bibliques et/ou théologiques

 

 

Questions bibliques et théologiques
Le même slogan « tout est permis » est utilisé en 1 Corinthiens 6.12. Lisez le contexte de ce passage. Comparez avec l'usage de ce slogan dans notre texte.

  • A quelle question est-il lié ? Quel commentaire Paul propose-t-il ?
  • Qu'est-ce que l'argumentation de Paul révèle sur les limites de ce slogan ?

Questions personnelles
En général, de quel côté ai-je tendance à placer le curseur : plutôt du côté de la liberté ou de la discipline ? Suis-je attentif à ne pas tomber dans l'excès du laxisme ou du légalisme ?

Rédigé par Vincent

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