Les béatitudes (5) « Heureux sont qui ont faim et soif de justice... »

Publié le 21 Mars 2010

montagneQuand on a faim et soif, on manque du nécessaire. Quand on est rassasié, on ne manque de rien. 

On pourrait donc reformuler cette béatitude : « Heureux ceux qui ne sont pas rassasiés de justice.... », soit parce qu'ils souffrent eux-mêmes de l'injustice, soit parce qu'ils ne peuvent supporter l'injustice autour d'eux. Ils sont heureux, consolés, parce qu'ils savent qu'un jour Dieu établira son règne de justice ! Ils sont heureux, « en marche », parce qu'ils peuvent alors travailler pour la justice !

L'espérance chrétienne nous place dans l'attente de l'établissement du Royaume de Dieu, un règne de justice et de paix. Mais aujourd'hui, le disciple en marche avec Jésus-Christ doit avoir faim et soif de justice. Il ne peut pas en être rassasié. Il ne peut pas se contenter de « faire avec » l'injustice...

Toujours avoir faim et soif de justice, c'est ne jamais s'accommoder de l'injustice !

Mais de quelle justice parle-t-on ? Deux textes de l'Evangile de Matthieu, en écho à cette béatitude, peuvent nous éclairer : 

Lectures complémentaires : Mt 5.17-20, 25.31-46


La justice devant Dieu

Dans le contexte immédiat, la justice est d'abord religieuse. Matthieu 5.20 : « Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez jamais dans le royaume des cieux. »

La justice des scribes et des Pharisiens était rituelle et superficielle. 

Le problème n'est pas dans le fait d'observer la loi. Pas un seul iota, pas un trait de lettre, ne doit en être retranché. Il ne s'agit pas d'abolir la loi... Le problème est dans la façon d'observer la loi.

Le légalisme, une observation rituelle, superficielle... C'était déjà une impasse au temps de l'Ancien Testament (voyez le message des prophètes), ça l'est encore plus dans le Nouveau Testament, depuis que Jésus a montré la voie parfaite de l'accomplissement de la loi !

Désormais, la justice devant Dieu, c'est le Christ. Il est venu accomplir la loi ! Pour être juste devant Dieu, je dois m'approcher du Christ par la foi. L'idée est bien développé par l'apôtre Paul : nous sommes justifiés par grâce (c'est un cadeau de Dieu), au moyen de la foi. 

Comment être « rassasié de justice » devant Dieu ? Si nous avons faim et soif de justice devant Dieu, "mangeons" et "buvons" le Christ !

Jean 6.51 : « C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. »

Jean 7.37 : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive ! »

C'est une invitation à une relation personnelle avec le Christ, par la foi, dans la prière ! Seul moyen d'être rassasié de sa justice...

Du coup, ne pas s'accommoder de l'injustice, ici, c'est ne pas s'accommoder du péché dans notre vie ! Lutter pour la justice devant Dieu, c'est lutter contre le péché, se laisser transformer à l'image du Christ.


La justice dans le monde

Luc 6.21 dit simplement « Heureux être-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! ». Et Matthieu 25.35 dit bien : « j'ai eu faim et soif et vous m'avez donné à manger et à boire... »

Associer la faim et la soif à la justice trouve nécessairement un écho dans notre monde d'aujourd'hui.... Avoir un milliard de personnes qui meurent de faim dans le monde et autant qui n'ont pas accès à l'eau potable, n'est-ce pas une injustice ? Signe d'un monde où l'injustice est partout. Intolérable...

Oui c'est injuste. Et on ne peut s'accommoder d'une telle injustice !

S'y attaquer peut paraître impossible, inaccessible. Utopique. Mais pourquoi ne pas soutenir des actions concrètes par des ONG (défi Michée) ? Pourquoi ne pas prier, pas seulement contre les injustices dans le monde en général, mais pour les autorités des pays riches, pour les ONG, chrétiennes ou non, qui se battent contre l'injustice... 

C'est un jour d'élection... répondons à l'exhortation de l'apôtre Paul lui-même qui invite à prier pour les autorités. Des injustices, il y en a aussi dans nos régions. Des gens qui ont faim et soif (cf. Restos du coeur...).

Ne pas s'accommoder de l'injustice, ici, c'est au moins prier pour ceux qui luttent contre les injustices dans le monde... et peut-être, aussi, s'engager !


La justice autour de moi

N'oublions pas que le monde commence à notre porte... et que l'injustice, on la croise aussi sur nos chemins quotidiens.

La faim et la soif de justice commence dans mon quotidien, dans mes relations : chercher à avoir des relations justes, sans jugement. Refuser toute forme de racisme ou de dénigrement, se montrer solidaire... N'oublions pas les paroles de Jésus dans Mt 25 : il s'agit d'abord de donner à manger et à boire à ceux qui ont faim, visiter les malades et ceux qui sont en prison...

L'espérance de l'établissement du Royaume de Dieu, où la paix et la justice habiteront, selon les promesses bibliques, ne doit pas pour autant nous amener à démissionner dans ce monde-ci. Nous aurons des comptes à rendre sur la justice et la solidarité que nous auront manifesté ou non ici, dans ce monde-ci, aujourd'hui. Quelle « justice » pratiquons-nous autour de nous ?

Ne pas s'accommoder de l'injustice, ici, c'est rejeter l'indifférence. Garder un coeur sensible à la souffrance et aux détresses, disponible pour aider, pour aimer tout simplement !


Conclusion

« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. »

Ce n'est certes pas ici-bas que nous serons pleinement rassasiés de justice. Il nous faudra attendre l'accomplissement de notre espérance, l'établissement du Règne de Dieu. 

Dans cette attente, et plus encore à cause de cette attente, aujourd'hui, nous devons avoir faim et soif de justice, et jamais nous accommoder de l'injustice.
  • Avoir faim et soif de communion avec Jésus-Christ, notre justice. Mais ne jamais s'accommoder du péché qui agit encore en nous.
  • Avoir faim et soif de justice, de liberté et d'amour dans le monde et ne jamais s'accommoder de l'injustice par fatalisme. Au contraire engageons-nous au moins dans la prière !
  • Avoir faim et soif de relations authentiques et vraies, sans esprit de jugement et vraiment solidaires. Et ne jamais s'accommoder de la haine ou de l'indifférence.

Car si notre justice, nous la trouvons par la foi en Christ, cette justice est appelée à changer notre vie, nos relations, notre rapport au monde. Pour oeuvrer déjà aujourd'hui, à tous les niveaux, pour plus de justice. 

Aujourd'hui, en marche avec le Christ, ayons faim et soif de justice, en attendant d'être rassasié !



questionPour aller plus loin
Pour prolonger la réflexion, voici quelques questions bibliques et/ou personnelles...




Questions bibliques et théologiques

Lisez 1 Corinthiens 6.9-11 et Apocalypse 7.13-17. 
  • Quels échos à notre béatitude trouve-t-on dans ces textes ? 
  • Quel lien y a-t-il entre la justice que l'on reçoit de Dieu en Jésus-Christ, et celle que nous sommes appelés à vivre dans notre relation au monde et à notre prochain ? 

Question personnelle

Y a-t-il des domaines dans ma vie où je m'accommode de l'injustice ?
  • Devant Dieu, par un péché dont je m'accommode
  • Dans le monde, dans une forme de fatalisme
  • Autour de moi, par l'indifférence devant une injustice que je côtoie

Que puis-je faire pour retrouver faim et soif de justice ?

Rédigé par Vincent

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