Un corps uni et solidaire (Prédication du 24 janvier 2010)

Publié le 24 Janvier 2010

Lecture biblique : 1 Corinthiens 12.12-30

Dans la première moitié de ce chapitre, l'apôtre Paul a souligné l'oeuvre de l'Esprit saint, qui distribue ses dons à qui il veut, pour l'utilité commune. Une des tâches principales de l'Esprit saint aujourd'hui, c'est donc l'édification de l'Eglise. 

Voilà pourquoi nous trouvons maintenant cette image du corps, appliquée à l'Eglise. C'est comme une façon d'explorer l'oeuvre de l'Esprit par l'autre bout de la lorgnette. Après avoir parler de l'Esprit saint qui édifie, Paul parle maintenant de l'Eglise qui est édifiée par l'Esprit saint.


Un corps uni et solidaire

L'idée centrale de cette image du corps, c'est quel'Eglise est appelée à être unie dans la diversité. Ceci implique le service mutuel, la complémentarité, la solidarité...

La même image est utilisée ailleurs dans le Nouveau Testament... mais elle n'est jamais aussi développée ! Pourquoi ? Sans doute parce que cette image générale du corps est ici appliquée particulièrement à l'Eglise de Corinthe . On connaît le contexte troublé de cette Eglise, avec ses influences diverses, notamment de la philosophie grecque. Une Eglise marquée par de nombreuses divisions internes.

Paul intègre notamment dans sa métaphore des dialogues imaginaires entre les membres du corps. 

« Parce que je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps... »
Certains se sentaient exclus, indignes d'appartenir à l'Eglise, parce qu'ils n'étaient pas assez biens, pas assez spirituels... Sans doute par comparaison aux autres, à ceux qui se disaient spirituels, en mettaient plein la vue... 

« L'oeil ne peut pas dire à la main : je n'ai pas besoin de toi... »
Si dans le premier cas, certains s'excluaient eux-même, ici certains excluent d'autres. « Je n'ai pas besoin de toi... » donc tu es inutile !

La leçon de cette image et de ces dialogues es claire : chacun a sa place, on ne peut exclure qui que ce soit...  Personne n'est inutile, ni soi-même, ni les autres !

C'est l'enseignement central de cette image... et c'est déjà tout un programme de le mettre en pratique ! Mais je vous propose encore deux réflexions complémentaires à partir d'autres éléments de l'image.


L'Eglise, un corps... humain

Paul compare l'Eglise à un corps... mais à quel genre de corps ? Un corps humain : on parle de mains, de jambes et de pieds... pas de pattes, de gueule ou de griffes !

Pourtant, je ne suis pas sûr qu'on puisse toujours comparer les Eglises à des corps humains... 

Dans un corps humain, il n'y a que deux bras et deux jambes... Mais certaines Eglises ressemblent plus parfois à d'autres corps :
 
pieuvre.jpgIl y a l'Eglise pieuvre où tout le monde veut être des bras !

mille-pattesOu l'Eglise mille-pattes où tout le monde veut être des jambes !

orvet.jpgOu l'Eglise serpent (ou orvet) où personne ne veut être des jambes !


Il est d'ailleurs intéressant de constater que ces animaux sont en général considérés comme repoussants... 

Il ne s'agit pas d'identifier les bras ou les pieds à tel ou tel ministère... Simplement de souligner qu'il y a une place pour tout le monde, mais que tout le monde n'est pas appelé à faire la même chose... 

Mais parfois, il n'est pas facile de trouver 2 mains ou 2 pieds... On peut alors penser à une capacité extraordinaire du corps humain : il y a des corps estropiés, suite à un accident ou une malformation... mais alors d'autres sens se développent pour pallier au manque. On connaît ces exemples d'artiste qui peignent avec leur pied, ou des aveugles qui développent les autres sens comme l'ouïe, etc.

C'est le cas aussi dans une Eglise où on n'a pas toujours les compétences sous la main. Grâce à l'oeuvre de l'Esprit, à ses dons, une Eglise pourra s'adapter pour remplir sa vocation.


Les parties nécessaires du corps

Parmi les aspects particuliers de l'image du corps que Paul souligne et développe, il y a l'évocation des parties « plus faibles », « moins honorables » qui pourtant sont nécessaires (v.22).

Les parties les plus faibles ne sont pas seulement tolérées, mais nécessaires. Ce n'est pas « à la rigueur, on peut leur trouver quelque chose à faire... » mais elle sont nécessaires, indispensables. C'est de l'ordre du retournement, de la conversion de l'Evangile : les premiers seront les derniers et les derniers les premiers...

Dans le corps humain, les parties les plus importantes ne sont pas forcément celles que l'on voit ! Un corps humain est constitué de trois grandes parties : la tête, le tronc et les membres. Seuls les membres ne sont pas indispensables à la vie. On peut vivre sans bras ou sans jambe. On ne peut pas vivre sans tête ou sans tronc. On peut même vivre sans certains éléments de la tête (les cheveux, les oreilles, les yeux...) ou du tronc mais d'autres sont essentiels. Et le plus important est caché : les organes internes ! 

Les parties du corps explicitement évoquées par Paul appartiennent à cette catégorie de parties du corps certes importante mais pas indispensable à la vie : la main, l'oreille, l'oeil, le pied...

Quant aux « parties les moins honorables », ce sont elles qui sont nécessaires.On pense aux organes sexuels, que l'on couvre par des habits... Mais le texte dit bien que « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d'honneur à ce qui en manquait » (v.24) Ne pourrait-on pas y voir aussi les organes internes, que Dieu a couvert ? En tout cas ils sont bien indispensables à la vie !

Quels sont donc ces parties indispensables du corps de l'Eglise ? Ces parties cachées, couvertes ? Une Eglise peut vivre sans pasteur, sans musiciens, sans responsable du groupe de jeunes, sans animateurs pour enfants. Elle sera handicapée d'une certaine manière... mais elle pourra vivre. Mais elle ne peut pas vivre sans des hommes et des femmes de prière...


Conclusion

Avec ses handicaps et ses limites, toute Eglise est bel et bien comme un corps humain. Elle peut être grande ou petite, l'important c'est qu'elle se développe harmonieusement, et qu'elle remplisse sa vocation... en faisant corps ! Une Eglise en tant que corps prendra soin de ses membres.

Certes, tout le monde n'est pas Brad Pitt ou Angelina Jolie ! Et toutes les Eglises ne sont pas des top models spirituel... Ce n'est pas forcément ce qu'on leur demande ! Il y a sans doute des Eglises qui se donnent artificiellement des airs de perfection, par de la « chirurgie esthétique » spirituelle... mais personne n'est dupe ! 

Car une Eglise vivante, ce n'est pas une Eglise parfaite que l'on admire mais dont on se tient à distance. C'est une Eglise qui inspire la confiance, que l'on aimerait connaître et dans laquelle on se sent accueilli. Comme quelqu'un de sympathique qu'on aimerait avoir comme ami !

C'est sans doute cela, une Eglise vécue comme un corps uni et solidaire !



questionPour aller plus loin...
Pour prolonger, de façon biblique et/ou personnelle la méditation de ce texte biblique, quelques questions ouvertes...
 
Question biblique et théologique
Lisez le chapitre suivant, le célèbre chapitre 13 sur l'amour. 
En quoi ce texte est-il lié au chapitre 12 ? Quels sont les dons de l'Esprit qui y sont évoqués ? Qu'en dit Paul ? 
Quelles affirmations peuvent être rapprochées de l'image du corps développée au chapitre 12 ?
Comment comprenez-vous l'amour que Paul évoque dans ce chapitre ?

Question personnelle
Dans votre engagement dans l'Eglise, si vous deviez vous comparer à une partie du corps, laquelle serait-elle ? Ou laquelle aimeriez-vous être ?

Rédigé par Vincent

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