Ne mangeons pas de ce pain-là...

Publié le 24 Février 2013

 

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Lecture biblique : Marc 8.1-21

Il y a comme un sentiment de "déjà-vu" à la lecture de ce texte... Marc nous a déjà relaté une multiplication des pains et des poissons pour nourrir une grande foule. Ce n'était pas tout à fait le même nombre de personnes, pas tout à fait le même nombre de pains et de poissons au début, pas tout à fait le même nombre de paniers de restes... mais quand même, la ressemblance est flagrante. L'attitude des disciples aussi, d'ailleurs. Ils ne semblent pas vraiment se souvenir de ce qui s'était passé la première fois : ils font la même réponse à Jésus : "Comment peut-on donner à manger à tous ces gens ?"

Et puis, plus tard, après une nouvelle altercation avec des Pharisiens, Jésus revient à la charge et évoque avec ses disciples les deux multiplications des pains. Vous vous souvenez pour les 5000 hommes, combien vous avez emporté de paniers de restes ? 12 paniers... Et pour les 4000 personnes, combien ? 7 paniers. "Alors Jésus leur dit : « Et vous ne comprenez pas encore ? »" (v.21)

Euh... pas sûr ! Vous avez compris, vous ? Qu'est-ce qu'il y avait vraiment à comprendre dans ces deux multiplications des pains ? Le fait qu'il y ait eu 12 paniers de restes la première fois et 7 la deuxième semble important... mais pourquoi ? Le fait qu'il y ait eu deux multiplications des pains semble important aussi... mais pourquoi ? Et qu'est-ce que l'altercation avec les Pharisiens vient faire là-dedans ? 

Et quel est le sens de cette mise en garde de Jésus : "Méfiez-vous du levain des Pharisiens et du levain d'Hérode !" La réaction des disciples montre qu'ils en restaient à une compréhension très terre-à-terre : "nous n'avons pas de pain !" Alors qu'en utilisant l'image du levain, Jésus leur tendait sans doute une perche pour une compréhension plus spirituelle de ce qu'ils avaient vu. 

 

Ne mangeons pas de ce pain-là !

La référence aux Pharisiens découle de l'épisode qui précède immédiatement. Dès son retour en Galilée, Jésus est "accueilli" par les Pharisiens pour lui tendre un piège. Ils lui demandent un miracle pour prouver qu'il est bien envoyé par Dieu. Ça a visiblement le don de mettre Jésus en colère : il ne fait pas des miracles sur commande ! Pas plus aujourd'hui qu'hier, d'ailleurs...

La référence à Hérode remonte sans doute à la première multiplication des pains. Car juste avant celle-ci, il était fait référence à Hérode et aux circonstances qui l'ont amené à faire tuer Jean-Baptiste. 

Les Pharisiens et Hérode, ce sont donc les ennemis de Dieu. Ceux qui s'opposent à l'oeuvre du Seigneur en s'opposant, l'un à Jean-Baptiste, les autres à Jésus.

Quant au levain, c'est ce qui ne se voit pas lorsqu'il est mélangé à la pâte mais qui change tout. Il suffit de comparer un pain fait avec levain et un pain fait sans levain. Ce n'est pas du tout pareil ! L'influence du levain sur la pâte est fondamentale et change la nature du pain. C'est donc bien de l'influence des Pharisiens et d'Hérode dont Jésus parle.

On pourrait du coup se demander en quoi les disciples pouvaient être tentés par ce "levain"... Ils se rendaient bien compte que les Pharisiens s'opposaient à Jésus. Ils savaient bien que Hérde avait fait tuer Jean-Baptiste. Y avait-il vraiment un risque pour eux ? 

Mais ce n'est pas les Pharisiens en tant que tels ou Hérode en tant que tel auxquels Jésus pensait. Mais bien à ce qu'ils représentent. 

Le levain des Pharisiens, c'est celui de la religiosité, du légalisme. Bien souvent hypocrite... Jésus les combat sans cesse, comme l'ont fait tous les prophètes avant lui. C'est un "levain" qui trouve si facilement sa place dans notre coeur humain. Celui de croire que par la pratique religieuse, rituelle, on peut s'attirer un regard favorable de Dieu. Et qui s'accompagne souvent de la volonté d'imposer à tous ce cadre ! Mais c'est une religiosité qui en réalité dessèche le coeur et transforme la foi en simple croyance, presque superstitieuse.

Le levain d'Hérode, c'est celui de la compromission avec le pouvoir. Où le politique pollue le spirituel. C'est le levain de l'ambition personnelle. Il y en a bien-sûr de tristes exemples dans l'histoire de l'Eglise. Et je m'interroge du reste sur les rêves entretenus par certains aujourd'hui encore d'une France chrétienne, d'un état chrétien. Et même sur l'idée d'un parti politique chrétien ! Je crois bien-sûr qu'il faut que les chrétiens s'intéressent à la politique. Nous avons aussi besoin de chrétiens qui s'engagent en politique. Mais Dieu n'est ni de droite ni de gauche, ni même du centre. Et on entend parfois des discours partisans, au nom de l'Evangile, qui me font dresser les cheveux sur la tête...

En tout cas, c'est intéressant de se rendre compte que ces deux "levains" ont bien pollué la pâte de l'histoire de l'Eglise ! Jésus avait vu juste dans cette barque...

 

Du pain pour tous !

Voilà pour le levain... Mais qu'en est-il du pain ? 

Il y a une certaine ironie à voir que, juste après une multiplication des pains, les disciples constatent... qu'ils ont oublié de prendre du pain ! Mais qu'est-ce qu'ils ont fait des restes ? Bon, c'était peut-être un certain temps après l'épisode de la multiplication des pains mais dans le récit de l'évangile, c'est vraiment juste après. Et d'ailleurs Jésus va y faire référence. Quelles leçons les disciples auraient-ils dû en tirer ?

Dieu pourvoira

La première leçon découle d'une compréhension naturelle. Les disciples n'ont pas à s'inquiéter de leur nourriture : Dieu pourvoira. Qu'ils se préoccupent d'abord du pain spirituel. 

Par deux fois une foule entière a été nourrie avec quelques pains et quelques poissons. Dieu a pourvu. Et Jésus le leur rappelle. Alors, il peut bien encore pourvoir à la nourriture de Jésus et ses disciples... 

En réalité, c'est ce que Jésus dira très bien dans le Sermon sur la Montagne, dans l'évangile selon Matthieu :

Matthieu 6.31-33 
« Ne soyez pas inquiets en vous demandant : 'Qu'est-ce que nous allons manger ? Qu'est-ce que nous allons boire ? Avec quoi est-ce que nous allons nous habiller ?'
En effet, les gens qui ne connaissent pas Dieu cherchent tout cela sans arrêt. Vous avez besoin de toutes ces choses, et votre Père qui est dans les cieux le sait bien.
Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et ce que Dieu demande. Il vous donnera tout le reste en plus.

Les disciples auraient dû comprendre, par les deux multiplications des pains auxquelles ils ont assisté, que Dieu pourvoit à leurs besoins. 

Un festin pour tous

Mais est-ce qu'il n'y aurait pas encore autre chose ? Parce qu'il y a des détails troublants. Comme l'insistance de Jésus sur le nombre de paniers de restes, différents pour la première et pour la deuxième multiplication des pains. 

D'autre part, quand on regarde bien, on se rend compte que si la première multiplication des pains est clairement située en Galilée, la seconde semble bien avoir eu lieu en terre païenne : Jésus redescendait vers le lac de Galilée depuis Tyr, en traversant la Décapole. Tout porte donc à croire que la foule la seconde fois était bien plus mélangée que la première, avec des Juifs et des non-Juifs.

Du coup, le fait qu'en terre juive on récolte 12 paniers de reste, et qu'en terre païenne on en retrouve 7, n'est sans doute pas un hasard ! 12 étant le nombre symbolique du peuple de Dieu dans la Bible, 7 celui de la perfection divine liée à son oeuvre de Création. 

Il y a donc eu deux multiplications des pains mais la première en Galilée et la deuxième en terre païenne... Si dans les deux cas, c'est bien un signe du festin du Royaume, il signifie bien que Juifs et non-Juifs y sont invités ! C'est peut-être cela aussi que le disciples auraient dû comprendre. 

Et cela, justement, est contraire au "levain" d'Hérode et des Pharisiens. Juifs et non-Juifs accueillis à la même table. Ça ne devait pas plaire aux Pharisiens ! Jésus invite ses disciples, il invite son Église, il nous invite, à ouvrir notre table à tous. Il invite à un accueil que ni les Pharisiens ni Hérode ne savent offrir. 

Il nous demande de partager notre pain avec tous, dans une authentique solidarité. Il nous invite à partager le pain de la Parole de Dieu avec tous. Et cela ne peut se faire qu'avec un regard d'amour, d'accueil, d'ouverture. Tout le contraire des Pharisiens !

Parce que le Christ s'est offert à tous, l’Église doit être un lieu qui s'offre à tous.

 

Conclusion

Il ne fallait pas moins de deux multiplications des pains pour souligner cette vérité fondamentale de l'Evangile : le Royaume de Dieu est ouvert à tous. Tous, Juifs et non-juifs, sont invités au festin du Royaume. Nous le sommes tous !

N'en déplaise aux Pharisiens de tout poil, si prompts à juger et exclure, avec leur pensée légaliste. N'en déplaise aux Hérode de tout temps, prêts à tout sacrifier, y compris les autres, sur l'autel de leur ambition personnelle. Ne mangeons pas de ce pain-là !

Soyons plutôt de ceux qui, comme Jésus, accueillent et sont sensibles aux besoins de ceux qui nous entourent. Partageons notre pain. Partageons l’Évangile. 

 

Rédigé par Vincent

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