Être disciple sans demi-mesure

Publié le 10 Mars 2013

››› Télécharger le texte de la prédication 

Lecture biblique : Marc 8.22-9.1

La guérison relatée dans ce passage est surprenante parce qu'elle a lieu en deux temps. Elle est d'abord partielle, l'aveugle commence à voir mais seulement des formes indistinctes. Puis dans un second temps, il voit parfaitement. Jésus n'a certainement pas raté sa guérison la première fois... c'était intentionnel. Mais pourquoi ? 

Peut-être pour servir de lien avec l'épisode suivant où Pierre fait une confession de foi en demi-teinte. Certes, il y a d'abord une affirmation pleinement vraie : "Tu es le Messie". Mais elle contraste avec son attitude après que Jésus ait annoncé sa mort et sa résurrection. Pierre n'a pas encore compris les conséquences de sa confession de foi. Pour lui, reconnaître que Jésus est le Messie, c'est être sûr que le Royaume de Dieu est proche. Et il ne comprend pas quand Jésus dit qu'il devra souffrir et mourir. Il lui fait même des reproches ! Mais ces reproches ne viennent pas de Dieu... ils viennent de Satan  : "Va-t'en ! Passe derrière moi, Satan !"

Un aveugle guéri à moitié avant de l'être pleinement. Une confession de foi orthodoxe mais en demi-teinte parce que Pierre n'en avait pas compris les implications. C'est vraiment le moment pour Jésus d'adresser à tous, ses disciples comme la foule, un appel radical. Parce qu'il ne veut pas guérir à moitié, ou sauver à moitié. Le suivre, c'est porter sa croix. Le chemin que Jésus est venu suivre, en tant que Messie, est celui du service, du sacrifice. Jusqu'à la mort. Et devenir son disciple, c'est marcher sur le même chemin de service et de sacrifice : perdre sa vie et non la gagner. 

Perdre sa vie pour la sauver. Porter sa croix. Est-ce vraiment ce qui caractérise notre vie de disciple ? 

 

A moitié seulement...

Finalement, est-ce que nous ne sommes pas trop souvent comme des aveugles à moitié guéris ou des disciples en demi-teinte ? Je m'engage avec le Seigneur, mais pas trop quand même. Je vais au culte régulièrement, je lis ma Bible de temps en temps et je prie quand j'en ai besoin. C'est déjà pas si mal... 

Peut-être que la radicalité du message de l’Évangile nous fait peur et on se contente du minimum. On n'a pas envie de devenir des intégristes. D'accord... Mais l'appel du Christ est radical. Il nous invite à devenir ses disciples pleinement. Il ne veut pas nous sauver à moitié. 

Il y a des signes que le Seigneur nous a donné pour marquer notre engagement. Le premier d'entre eux est le baptême. Un autre est la Cène. Dans nos Églises Libres, nous insistons sur la profession personnelle de la foi. Pas sur le baptême. C'est très bien... Mais comment peut-on manifester clairement notre réponse à l'appel du Christ ? Par le baptême ! Bien-sûr, ce n'est pas le baptême en tant que tel qui sauve. Mais ce n'est quand même pas un hasard si Jésus a donné l'ordre à ses disciples d'aller par tout le monde, de faire des disciples, et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

Et même lorsque nous sommes baptisés, nous pouvons nous contenter d'une vie de disciple à minima. Faire le minimum syndical, le faire par devoir ou pour se donner bonne conscience... et petit à petit laisser notre foi se refroidir. Et notre vie de chrétien devient fade.

Est-ce que nous voulons vraiment nous contenter d'être des aveugles à moitié guéri, des disciples en demi-teinte ? 

 

Porter sa croix... et vivre !

Quand on y pense, on ne peut pas dire que ça donne envie de répondre à l'appel de Jésus : "Si quelqu'un veut venir avec moi, il ne doit plus penser à lui-même. Il doit porter sa croix et me suivre." (v.34)

Porter sa croix, perdre sa vie... Jésus parle bien de mort, mais il parle aussi de vie. Il s'agit de sauver sa vie. Suivre le Christ, c'est trouver le sens de sa vie. C'est vivre une vie qui vaut la peine d'être vécue. Même si on doit y porter sa croix... 

Et puis il y a le verset 1 du chapitre 9, qu'on rattache souvent à l'épisode qui suit : la Transfiguration. Nous sommes aidés en cela par la numérotation en chapitres qui, je vous le rappelle, n'est pas inspirée ! Ce n'est sans doute pas complètement faux... mais il me paraît plus logique de le rattacher aux paroles de Jésus qui précèdent. Il y parle de son retour et de l'établissement du Royaume de Dieu. Mais il y parle aussi de la mort et de la croix. Or, la puissance du Royaume de Dieu s'est manifestée à la croix. 

C'est la puissance du sacrifice, du don de sa vie. Prélude à la puissance de la résurrection, une autre vie, insubmersible celle-là ! Voilà pourquoi il ne peut pas y avoir de demi-mesure. Voilà pourquoi Jésus nous invite à le suivre de façon si radicale. Ne plus penser à soi-même, porter sa croix et suivre le Christ.

Ne plus penser à soi-même (ou la traduction classique : renoncer à soi-même), ce n'est pas renier son histoire, sa personnalité, ses envies, etc... C'est renoncer à être centré sur soi-même, à ne chercher qu'à satisfaire ses envies. C'est accueillir le Christ pour s'ouvrir sur les autres, pour entrer dans un chemin de service. 

Porter sa croix. L'expression peut paraître un peu anachronique, avant la mort du Christ crucifié. Elle signifie simplement que la vie de disciple du Christ a un prix. C'est un poids à supporter. Ce n'est pas une vie facile et sans épreuve. A l'image de ce que Jésus a vécu. 

Suivre le Christ. Le prendre en exemple, comme modèle. Marcher avec lui. Apprendre de lui, dans la proximité et l'intimité. Se mettre en marche, c'est changer. On ne sera plus le même au bout du voyage. 

 

Conclusion

Comment avons-nous répondu à l'appel du Christ ? Et comment continuons-nous d'y répondre aujourd'hui ? Est-ce que nous nous contentons du minimum ou est-ce que nous recherchons la plénitude de la vie qu'il nous offre ? Est-ce que nous sommes prêts à en payer le prix ou est-ce que nous préférons éviter de porter notre croix ? 

Une chose est sûr, c'est seulement si nous répondons de tout notre cœur à l'appel du Christ que nous pourrons voir le Royaume de Dieu venir avec puissance dans notre vie. Non pas que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous aurons notre croix à porter. La puissance du Royaume de Dieu s'est manifestée autant sur la croix que dans le tombeau vide. 

Mais cette puissance du Royaume de Dieu se manifestera dans notre vie autant dans les temps d'épreuve que dans les temps de délivrance. 

Rédigé par Vincent

Repost 0
Commenter cet article