Simon, Joseph et moi
Publié le 28 Juillet 2013
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Lecture biblique : Marc 15.21-47
Après Barabbas au moment du procès de Jésus, deux autres personnages « secondaires » vont nous intéresser ce matin : Simon de Cyrène et Joseph d'Arimathée. Ils encadrent le récit de la crucifixion : l'un porte la croix de Jésus, l'autre emporte le corps de Jésus pour le mettre dans la tombe.
L'importance de ces deux personnages se mesure aussi au fait que Simon de Cyrène est mentionné dans 3 évangiles sur 4 (les synoptiques) et Joseph dans les 4 évangiles. Que révèlent-ils de Jésus ?
Simon de Cyrène
On sait peu de chose sur Simon de Cyrène. Et c'est Marc qui en dit le plus : il est le père d'Alexandre et de Rufus. Mais qui sont-ils ? Les premiers lecteurs de l’Évangile semblaient les connaître puisque Marc n'a pas besoin de dire de qui il s'agit. Ils devaient être des chrétiens bien connus. Il y a bien un Rufus qui apparaît dans les salutations de la fin de l'épître aux Romains et un Alexandre qui est cité dans les deux épîtres de Paul à Timothée, en l’occurrence pas vraiment de façon positive (Paul dit qu'il lui a fait beaucoup de mal...). Mais rien n'indique qu'il s'agisse des même Alexandre et Rufus, évidemment.
Notons qu'il ne s'agit pas de noms hébreux. Simon est un nom grec (même s'il est souvent utilisé comme équivalent de Siméon), Alexandre aussi est un nom grec et Rufus, un nom romain. Simon de Cyrène n'était donc pas forcément juif !
De plus, il est intéressant de noter que selon certains textes gnostiques, Simon de Cyrène aurait été crucifié à la place de Jésus ! En effet, pour les gnostiques, il était inconcevable que le Fils, le logos, puisse mourir, et même avoir pris chair. Simon de Cyrène devient l'homme providentiel pour prétendre que Jésus n'est pas mort crucifié... Inutile de dire que cette thèse n'a pas d'appui dans l'Ecriture !
Mais ce qu'il faut retenir avant tout de Simon de Cyrène, et c'est sur quoi insistent les évangiles, c'est qu'il a porté la croix de Jésus à sa place. Et en cela, son rôle a valeur de symbole.
On ne peut s'empêcher de penser à ces paroles de Jésus : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix et qu'il me suive » (Mc 8.34). Et dans ce sens, la façon dont Luc évoque l'épisode de Simon de Cyrène est encore plus explicite, en disant que les soldats forcent Simon à mettre la croix de Jésus sur son dos « pour la porter derrière lui » (Lc 23.26).
Simon est bien en train de porter la croix et de suivre Jésus... Même si ce sont les soldats qui l'ont contraint à le faire, le symbole est là. Simon apparaît comme la figure du disciple qui porte sa croix.
C'est Jésus qui sera crucifié, mais c'est Simon qui porte sa croix. Il participe d'une certaine façon à la mort de Jésus. Et le fait qu'il soit présenté comme père de futurs chrétiens connus, le met en position d'être, d'une certaine façon, comme un type du disciple du Christ, qui désormais aura aussi à porter sa croix à la suite de Jésus.
Le personnage de Simon peut être perçu comme une invitation adressée au lecteur à porter sa croix à la suite de Jésus. Autrement dit, à entrer dans le récit de la Passion comme un Simon de Cyrène.
Comme le dira l'apôtre Paul, par la foi, nous avons été crucifiés avec le Christ... La croix du Christ est notre expérience commune par la foi.
Joseph d'Arimathée
Quant à Joseph d'Arimathée, on sait qu'il était juif. Et pas n'importe qui puisque c'était un notable, membre du sanhédrin, le tribunal religieux juif. Marc doit le préciser, ce qui signifie que ses lecteurs ne savaient probablement pas qui il était ! On sait par ailleurs qu'il « attendait le Royaume de Dieu ». C'est une façon de dire qu'il était animé d'une foi sincère et pas seulement marqué par le formalisme religieux dénoncé par Jésus chez les Pharisiens. Matthieu précise que c'était un homme riche. Luc dit que c'était un homme bon et juste. Quant à Jean, il affirme que c'était un disciple de Jésus, mais en secret, par peur des autres chefs religieux. En tout cas, ici, il fait son « coming out » ! Marc dit bien d'ailleurs qu'il agit « courageusement » (v.43). Il agit à l'encontre de ses pairs et cette fois, il n'y aura plus de doute possible : il est bien disciple de Jésus.
Il est d'ailleurs intéressant de noter que chez Jean, un autre disciple « secret » l'accompagne : Nicodème, lui-même Pharisien et qui était venu voir Jésus de nuit... Il l'aide à mettre le corps dans la tombe. Joseph d'Arimathée, et Nicodème, nuancent la perception que nous pouvons avoir des chefs religieux, largement présentés dans les évangiles comme hostiles à Jésus. Il y a toujours des exceptions ! Joseph d'Arimathée et Nicodème en sont deux bons exemples... Nous ferions bien de ne pas enfermer les individus dans des cases. Dans les évangiles comme dans notre vie !
En tout cas, le rôle de Joseph d'Arimathée dans le récit de la Passion est de mettre le corps de Jésus au tombeau. Le fait qu'il était un notable lui a sans doute donné la possibilité d'aller voir Pilate et de demander le corps de Jésus.
Mais son geste a aussi valeur de symbole. Jésus a offert sa vie. Il est mort et désormais il doit être porté pour être mis au tombeau. Il est allé jusqu'au bout... Et c'est un de ses disciples secrets, peut-être le plus inattendu de tous puisqu'il est membre du sanhédrin, qui le fait. Et par là même, qui témoigne publiquement de son amour pour Jésus.
La force du symbole s'accentue encore quand on considère les détails de la description des autres évangiles, notamment à propos de la tombe. Chez Luc et Jean, il s'agit d'une tombe neuve, où on n'a jamais enterré personne. La mort de Jésus a quelque chose de radicalement nouveau. Certes, il n'était ni le premier ni le dernier à être crucifié. A cet égard sa mort est banale. Mais il était le Fils de Dieu devenu homme. Et en cela sa mort est unique.
Quant à Matthieu, il précise qu'il s'agit même de la tombe que Joseph avait fait creuser pour lui-même ! Et là, la force du symbole prend toute son ampleur : Jésus a été enterré à sa place ! Nouvelle illustration du sacrifice de Jésus-Christ qui prend notre place. Nous sommes invités, comme Joseph d'Arimathée, à « porter » Jésus dans le tombeau, à notre place. Il a donné sa vie pour nous. Il est mort à notre place, pour que nous ayons la vie !
Conclusion
Un peu comme Barabbas au moment du procès de Jésus, Simon de Cyrène et Joseph d'Arimathée nous permettent d'entrer dans le récit de la Passion. Nous pouvons nous identifier à Simon, pour que nous portions nous aussi notre croix à la suite du Christ. Nous pouvons nous identifier à Joseph, pour reconnaître en Jésus celui qui est mort à notre place.
La mort du Christ est notre expérience commune par la foi. Nous avons été crucifié avec lui, nous sommes morts avec lui parce qu'il est mort pour nous. En attendant d'être ressuscités avec lui...
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