Mauvaise foi
Publié le 16 Juin 2013
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Lecture biblique : Marc 12.1-27
C'est l'affrontement ! Et, pour une fois, c'est Jésus qui lance les hostilités. La parabole des méchants vignerons est une critique à peine voilée des chefs religieux, que ces derniers comprennent d'ailleurs très bien. Les serviteurs envoyés par le maître de la vigne sont les prophètes que Dieu a envoyé auprès de son peuple, si souvent rejetés, voire persécutés. Jésus, du coup, se place dans la lignées des prophètes. Il est même plus qu'eux. Dans la parabole, il n'est pas simplement un serviteur, il est le fils du maître de la vigne. Il annonce qu'il sera mis à mort... et il affirme en même temps qu'il est envoyé par Dieu en tant que Fils de Dieu.
Tout cela est intolérable pour les chefs religieux, qui comprennent bien l'attaque de Jésus et préparent une riposte. Le Pharisiens et les Sadducéens, deux des principaux partis religieux Juifs de l'époque, se coalisent... alors qu'ils étaient rivaux. Mais ils ont un ennemi commun ! Ils envoient chacun leur « soldat » et la contre-attaque se fait en deux temps. Ils vont essayer de piéger Jésus.
Et là, ils vont faire preuve de mauvaise foi... dans tous les sens du terme !
Des questions de mauvaise foi
La mauvaise foi est d'abord dans l'hypocrisie de leur question. Les uns et les autres se fichent pas mal de la question qu'ils posent, et encore plus de la réponse que Jésus va donner. Ils veulent juste le piéger en posant une question embarrassante, presque insoluble ou alors qui lui mettra forcément une partie de la foule à dos.
En effet, pour la question des Pharisiens, si Jésus dit qu'il faut payer l'impôt à César, on pourra l'accuser d'être collaborateur de l'occupant romain et tous les zélotes et leurs sympathisants se retourneront contre lui. Et s'il dit qu'il ne faut pas payer l'impôt, ce sera l'occasion rêvée de dénoncer Jésus aux autorités romaines et de le faire passer pour un dangereux séditieux.
Quant à la question des Sadducéens, évoquant un cas pratiquement impossible, comment répondre ? Le Sadducéens ne croyaient même pas à la résurrection des morts ! C'est dire s'il ne s'intéressaient pas à la question qu'ils posent à Jésus... Selon la réponse qu'allait donner Jésus, ça pouvait le mettre en difficulté, soit sur la question de la résurrection des morts, soit sur la question du mariage !
Jésus, une fois de plus, se sortira de ces deux pièges. Mais quelle mauvaise foi de la part de ses opposants ! Une mauvaise foi qui traduit la haine à laquelle ils en étaient arrivés. Tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin : discréditer, faire condamner Jésus !
Et non seulement les chefs religieux font preuve de mauvaise foi, mais ce qu'ils demandent traduit aussi de leur part une foi... mauvaise. Leurs questions piège disent quand même quelque chose de leur foi, mais une foi que Jésus devra recadrer.
Contre le légalisme : une foi nuancée
Les Pharisiens étaient des légalistes : très attachés au respect des lois mosaïques, et de la tradition orale codifiant chaque domaine de l'existence. Ils mettaient un accent particulier sur la recherche de la pureté. La formulation de la question traduit ce souci légaliste : « est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? ». C'est une question binaire : la réponse doit être oui ou non !
Mais Jésus refuse de répondre de façon légaliste. Sa réponse n'est pas binaire, elle est nuancée. « Rendez à César ce qui est à César. Et à Dieu ce qui est à Dieu » Or, la nuance est absente de toute approche légaliste. C'est permis ou non. On doit le faire ou on ne doit pas le faire. C'est blanc ou noir. Or, Jésus répond tout en nuance.
Pour ce qui touche à la vie quotidienne, à la vie du croyant dans le monde, le vivre ensemble, le rapport aux autorités, le positionnement éthique sur des questions complexes, il faut apprendre à avoir une position nuancée. Ça ne signifie pas qu'on ne doit pas être ferme sur l'essentiel. Jésus ne dit pas seulement de rendre à César ce qui est à César. Il dit aussi de rendre à Dieu ce qui est à Dieu !
Aujourd'hui, la tentation légaliste d'un positionnement binaire existe. Lorsqu'on dit qu'il faut se positionner pour ou contre. Sans tenir compte de la complexité des questions, sans tenir compte du fait qu'on ne vit pas dans un monde idéal. Les Eglises évangéliques ont souvent prôné un langage binaire, notamment sur les questions d'éthique, sur l'avortement, sur l'euthanasie, sur l'homosexualité, sur le mariage, etc... Or, s'il y a bien des principes bibliques qui doivent être affirmés en tant que chrétiens, il y a aussi un discours nuancé à apprendre, pour faire preuve de compassion, d'amour, d'ouverture et de grâce...
N'oublions pas que l'impératif premier pour nous, c'est l'amour du prochain comme nous-mêmes...
Contre le fondamentalisme : une foi réfléchie
Les Sadducéens, eux, étaient plutôt des théologiens qu'on pourrait presque qualifier de fondamentalistes, même si c'est un peu anachronique de le dire ainsi... Ils rejetaient les traditions orales auxquelles les Pharisiens étaient attachés et pour eux, seuls comptaient les commandements de la Torah. Mais leur interprétation les conduisaient à rejeter certains articles de foi soutenus par les Pharisiens, comme la résurrection des morts. Il est vrai que l'Ancien Testament est encore peu explicite sur la question.
En tout cas, la question qu'ils posent à Jésus est bien celle de théologiens qui coupent les cheveux en quatre ! Ils évoquent un cas hautement improbable, pour une question purement formelle puisqu'ils ne croyaient même pas à la résurrection des morts...
Dans sa réponse, Jésus recadre leur interprétation biblique. Et il n'y va pas par quatre chemins : « Vous vous trompez ! Est-ce que vous savez pourquoi ? Parce que vous ne connaissez ni les Livres Saints, ni la puissance de Dieu. » (v.24)
Il commence par écarter rapidement leur question caricaturale. La réalité de notre condition d'êtres humains ressuscité nous dépasse. Ce sera une réalité différente... c'est cela la puissance de Dieu !
Mais il n'en reste pas là et il va défendre la notion même de résurrection des morts, contre le Sadducéens qui n'y croyaient pas. C'est vrai, l'Ancien Testament est peu explicite sur la question, mais est-ce à dire qu'il n'en parle pas ? Non, et Jésus le montre : « Dieu n'est pas le Dieu des morts mais il est le Dieu de vivants ! »
Admettons qu'il faut un effort d'interprétation pour arriver à cette conclusion avec les textes cités par Jésus. Mais justement, Jésus veut montrer qu'il n'y a pas que de l'explicite dans la Bible. L'implicite est aussi important.
Aujourd'hui comme hier, une approche sérieuse et respectueuse de la révélation biblique implique de ne pas tout prendre au pied de la lettre, de ne pas tout comprendre au raz des pâquerettes !
Conclusion
C'est finalement assez intéressant de voir que les dangers qui guettaient ces deux partis religieux Juifs du temps de Jésus, le légalisme et le fondamentalisme, sont bel et bien des pièges qui peuvent particulièrement guetter les protestants évangéliques aujourd'hui encore... Allez savoir si nous autres évangéliques, nous ne nous serions pas retrouvés dans le camp des uns ou des autres, contre Jésus !
Entendons en tout cas le double appel qui ressort des recadrages opérés par Jésus :
Ayons une foi nuancée et équilibrée, pour ne pas tomber dans le légalisme. Évitons la pensée binaire qui ne peut nous aider à vivre dans un monde complexe, en relation avec des êtres complexes, dans une réalité complexe.
Ayons aussi une foi sérieuse, qui n'en reste pas à la surface des choses, qui ne reste pas campée à tous jamais sur ses convictions mais sait les remettre en question à la lumière d'une étude approfondie de l'Ecriture.
Bref, ayons une foi en mouvement, une foi vivante !
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