Les béatitudes (3) "Heureux ceux qui pleurent..."
Publié le 28 Février 2010
C'est sans doute une des béatitudes les plus
paradoxales... Comment être heureux quand on pleure ? S'agit-il d'être heureux malgré les pleurs ou d'être heureux dans les pleurs eux-mêmes ?
En tout cas, il n'est pas question ici des pleurs de joie, puisque la promesse est d'être consolés !
Et quand on parle de tristesse, on ne sait que trop bien ce qui peut nous faire pleurer : la perte d'un être cher, le découragement quand on n'en peut plus, le
désespoir quand on ne trouve pas d'issue, l'échec d'un projet qui nous tenait à coeur, les regrets à cause d'une faute commise...
Dans la Bible, il y a un geste, symbolique, qui exprime la détresse et la grande tristesse. C'est par exemple ce qu'a fait Jacob en apprenant la disparition de son
fils Joseph : il a déchiré ses vêtements.
Déchirer son vêtement est une marque d'humiliation. Dans le Judaïsme, c'est même devenu une prescription comme signe extérieur de deuil mais dans certains épisodes
bibliques, c'est aussi un signe de repentance.
Les pleurs de cette béatitude peuvent aussi être de ces deux sortes : le deuil ou la repentance...
Les pleurs de deuil
Dans les Evangiles, quand il est question de pleurs, assez souvent, c'est lié au deuil. Il y a la mort de la fille de Jaïrus, ou du fils de la veuve de Naïn ou même
la mort de Jésus avec Marie-Madeleine au tombeau. Jésus lui-même a pleuré en apprenant la mort de son ami Lazare.
Et justement, dans le Nouveau Testament, quand il est question de consolation, c'est aussi souvent en lien avec la mort.
Lectures complémentaires : 1 Thessaloniciens 4.13-14, Apocalypse 21.3-5
Ces textes évoquent notre espérance. Face aux pleurs de deuil, la consolation est dans l'espérance de la résurrection et l'attente des retrouvailles avec les
êtres chers disparus.
Dans le texte aux Thessaloniciens, ne pas s'attrister, c'est ne pas rester prisonnier de sa tristesse et être consolé par l'assurance des retrouvailles.
Dans le texte de l'Apocalypse, l'espérance est on ne peut plus claire : un jour, Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux !
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». Heureux malgré la tristesse du deuil... grâce à l'espérance de la résurrection. Il ne s'agit pas
de se réjouir d'être triste ! Mais de se réjouir que la tristesse et le deuil ne nous empêchent pas d'être en marche avec le Seigneur. La tristesse demeure dans le deuil. L'espérance
chrétienne ne l'ôte pas. Mais on trouve une réelle consolation dans l'espérance de la résurrection et des retrouvailles.
Une fois que le vêtement est déchiré, il est déchiré... On peut le recoudre, même très solidement, mais il restera toujours les traces de la couture ! « Il
essuiera toute larmes » pourrait être aussi « il fera disparaître toute couture » ! Il n'y aura plus de deuil parce que la mort ne sera plus !
Les pleurs de repentance
On rencontre aussi d'autres pleurs dans les Evangiles... Les pleurs de Pierre après son triple reniement, Jésus qui regrette que les chefs religieux
n'aient pas pleuré aux complaintes de Jean : ils ne se sont pas repentis
Jésus n'a pas eu de pleurs de repentance, il était sans péché. Mais il a pleuré sur Jérusalem, à cause de la dureté de leur coeur (cf. Lc 19.41).
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». Il peut aussi s'agir des pleurs de repentance...
Lectures complémentaires : Joël 2.12-13, 2 Corinthiens 7.9-10
Dans l'Ancien Testament, on déchirait son vêtement aussi en signe de repentance. C'est pour cela que le prophète Joël invitait à déchirer son coeur et non ses
vêtements. Pour une repentance authentique et vraie et non superficielle...
Ici, il s'agit d'être heureux dans les pleurs de repentance et pas seulement malgré eux. Parce que la repentance conduit au salut. C'est la « tristesse selon
Dieu » comme l'appelle l'apôtre Paul, car la consolation promise aux pleurs de repentance, c'est le pardon.
« Heureux ceux qui pleurent de repentance, car ils seront consolés par le pardon de Dieu. » Voilà qui contraste avec les pleurs et grincements de dents
réservés à ceux qui sont perdus...
La vrai repentance, ce n'est pas seulement dire « c'est pas bien que ce que j'ai fais... » C'est prendre conscience que ce que j'ai fait, le mal que j'ai
commis, a altéré, voire brisé, ma relation avec Dieu et avec les autres. La tristesse vient aussi de cette relation brisée.
Le pardon, c'est la garantie d'une relation restaurée avec Dieu. C'est la possibilité d'une relation restaurée avec mon prochain. Voilà une source de consolation
!
Conclusion
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés... »
Le paradoxe de cette béatitude n'est qu'apparent.
Tout le monde est amené, un jour ou l'autre, à connaître des pleurs de deuil. Mais pour celui qui marche avec le Christ, ces pleurs sont consolés par l'espérance de
la résurrection.
Mais il y a des pleurs qui procurent une consolation dès ici-bas, ce sont les pleurs de repentance, ceux qui permettent d'accueillir le pardon de Dieu. Plus qu'une
consolation : le salut et une relation restaurée avec Dieu !
Finalement, les pleurs de joie sont aussi inclus dans cette béatitude, mais dans la consolation promise. La joie des retrouvailles au jour de la résurrection et la
joie du pardon reçu, dès aujourd'hui.
Pour
aller plus loin...
Pour prolonger, de façon biblique et/ou personnelle, la méditation du texte biblique, voici quelques questions...
Questions bibliques et théologiques
Au moment de la mort de Jésus sur la croix, le voile du temple s'est déchiré. Peut-on comprendre cet épisode à la lumière de la coutume biblique de déchirer son
vêtement ? Dans ce cas, quel sens peut avoir ce phénomène ?
Lire Luc 7.36-39 (comparer avec Mt 26.6-12). Comment comprenez-vous ce texte à la lumière de cette béatitude ?
Questions personnelles
Relisez Apocalypse 21.4, lentement, plusieurs fois. Méditez simplement ces promesses. Lisez aussi les versets qui précèdent. Relevez les autres promesses qu'ils
contiennent.
Quelles consolations, dès aujourd'hui, trouvez-vous dans ces versets ?
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