Jonas, un prophète rebelle (Prédication du 19 juillet 2009)
Publié le 16 Septembre 2009
Que diriez-vous d'un petit feuilleton pour l'été ? Une
histoire pleine de rebondissements, avec de l'action, un héros surprenant, une ironie grinçante, des effets spéciaux spectaculaires... c'est l'histoire de Jonas !
Nous voici au VIIIe siècle avant J-C, dans le Royaume d'Israël, le Royaume du nord, sous le règne de Jéroboam II, un roi qui déplaisait aux yeux du Seigneur mais
qui avait pourtant plusieurs victoires militaires à son actif, grâce notamment aux conseils d'un prophète patriote, Jonas, fils d'Amittaï, de Gath-Hépher.
Mais en ce temps-là une super puissance terrorise toute la région : l'Assyrie, dont la capitale est Ninive. Sa volonté d'expansion ne semble avoir aucune limite et sa puissance militaire aucune rivale...
Lecture : Jonas 1
Un prophète rebelle
Tout commence comme dans n'importe quel livre d'un prophète biblique : la parole du Seigneur parvint à son prophète... Mais dès le verset 3 tout bascule. Alors qu'habituellement le prophète se lève, obéissant, et accomplit la mission que lui confie le Seigneur, Jonas, lui, se lève, certes... mais pour s'enfuir ! Le Seigneur lui demande d'aller à l'est, il cherche un bateau pour aller à l'ouest, le plus loin possible...
Les raisons de la fuite de Jonas ne sont pas exprimées. La suite du récit nous l'apprendra. Mais il est clair que le prophète ne veut pas aller à Ninive, capitale de l'Assyrie, empire dominant et redoutable.
Mais Jonas connaît le Seigneur, il ne s'imagine pas une seconde pouvoir échapper au Seigneur ! Il sait parfaitement que ce n'est pas en fuyant de l'autre côté de la grande Mer qu'il échappera à Dieu.
En réalité, sa fuite est un acte de rébellion ouverte. Une façon de montrer au Seigneur qu'il ne veut pas lui obéir. Que le Seigneur trouve quelqu'un d'autre ! Il y a bien d'autres prophètes...
Sans aller jusqu'à la rébellion, n'avons-nous jamais dit au Seigneur : « trouve quelqu'un d'autre ! » ? Pour différentes raisons : parce qu'on se sent incapable, parce qu'on n'en a pas envie, parce qu'on pense que d'autres le feront bien mieux que nous, parce qu'on a d'autres projets...
Mais si le Seigneur nous demande quelque chose, ce n'est pas parce qu'on est meilleur que les autres ou parfaitement équipé pour le faire. C'est parce qu'Il veut le faire en nous et par nous. C'est sa grâce qui appelle...
Un prophète traqué
Mais le Seigneur ne lâche pas Jonas. On ne se rebelle pas contre le Dieu souverain si facilement que cela... Et le Seigneur sort l'artillerie lourde : il déclenche une terrible tempête. Les marins eux-mêmes paniquent et n'ont d'autres issues que d'invoquer leurs dieux pour qu'ils soient délivrés.
Et il faut noter que la rébellion de Jonas ne le met pas seulement en danger lui mais aussi ceux qu'il accompagne.
Mais Jonas, lui, dort. Il fuit jusque dans le sommeil... ce qui suscite la colère des marins ! « Toi aussi invoque ton dieu ! »
Cette tempête n'est pas normale. Elle a une cause surnaturelle. Quelqu'un attire le malheur sur le bateau. Alors ils tirent au sort... et le sort tombe sur Jonas ! Evidemment...
Traqué jusqu'au bout, il n'échappera pas à la souveraineté de Dieu !
N'y a-t-il pas là encore une leçon ?
- Pour celui qui ne veut pas obéir au Seigneur, sa souveraineté est pesante, envahissante et ressemble à de l'acharnement.
- Mais pour celui qui veut obéir au Seigneur, sa souveraineté est bienfaisante et apaisante. Elle est l'assurance que c'est lui qui tient les rennes !
Un prophète malgré lui
.Mais revenons à notre tempête... Le sort est tombé sur Jonas et c'est le tournant de l'histoire.
La solution est donnée par le prophète. Tout est sa faute, qu'il soit jeté à la mer, en pleine tempête...
S'agit-il d'un élan suicidaire de Jonas, la mort étant la seule issue pour échapper à l'appel du Seigneur ? Ou est-ce là un vrai sursaut de conscience du prophète
: il faut qu'il se sacrifie pour sauver l'équipage... et si le Seigneur veut vraiment l'envoyer à Ninive, il le délivrera !
Toujours est-il que cela fonctionne. Aussitôt jeté à la mer, la mer se calme.
Ici s'arrête la fuite de Jonas.
Et quand on y regarde de plus près, on peut percevoir toute l'ironie de l'histoire : c'est malgré lui que Jonas va être prophète. Et cela au moins à deux titres.
D'abord parce que, à son insu, Jonas est l’instrument d’une « conversion » des marins païens.
Regardez le changement chez les marins : avant que Jonas révèle son identité, les marins implorent Jonas de prier son dieu, après ils implorent eux-mêmes le
Seigneur ; avant, au coeur de la tempête, ils implorent leurs dieux, après, lorsque la tempête est apaisée, ils offrent des sacrifices au Seigneur...
Voilà une véritable « conversion » dont le prophète Jonas a été l'instrument... à son insu. En cela, cet épisode est aussi une prophétie annonçant la conversion de Ninive dans la suite de l'histoire, tout autant à l'insu du prophète !
Et plus encore, l'expérience de Jonas ne peut-elle pas être perçue elle-même avec une portée prophétique ? N'est-ce pas ici, dans la tempête, que commence le «
signe de Jonas » dont parle Jésus à propos de lui-même ? D'une certaine manière, Jonas « donnant sa vie » pour sauver tout l’équipage peut évoquer le sacrifice de Jésus, donnant sa vie pour
sauver l'humanité.
Là encore, Jonas est un prophète à son insu...
Conclusion
La leçon de ce premier chapitre de l'histoire de Jonas est claire. Dieu est souverain et nul ne peut s'opposer à sa volonté. Pas même un prophète !
La question n'est pas de savoir si on peut ou non échapper à la souveraineté de Dieu mais comment sa volonté souveraine s'accomplira dans notre vie.
- Contre notre gré, à notre corps défendant et alors nous allons au devant de dangereuses tempêtes ?
- Ou dans l'obéissance et la confiance et là nous trouverons la paix ?
Nous ne sommes pas tous des Jonas, appelés à se lever pour proclamer le message de Dieu. Mais nous sommes tous les destinataires de l'appel de Dieu. Sous différentes formes, pour différentes missions. Appels à le suivre, à le servir.
Ne soyons pas comme Jonas mais plutôt comme Jésus lui-même, à propos duquel l'épître aux Hébreux dit :
En entrant dans le monde, il dit :
Tu n'as voulu ni sacrifice, ni offrande,
mais tu m'as formé un corps ;
tu n'as agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché.
Alors j'ai dit : Je viens
– dans le livre-rouleau c'est écrit à mon sujet –
pour faire, ô Dieu, ta volonté.
(Hb 10.5-7)
/image%2F0555578%2F201304%2Fob_131640b823e6cf5eeb22eff8e45145cc_vm-blog.jpg)