Prophète à l'insu de son plein gré

Publié le 7 Juillet 2013

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Lecture biblique : Marc 14.1-25

Jésus est pleinement conscient qu'il vit ses derniers instants. Ses paroles en témoignent, dans la façon dont il interprète les événements. Ainsi, quand la femme verse du parfum sur sa tête, il y voit un signe de l'embaumement par avance de son corps. Et quand il célèbre le repas de la Pâque avec ses disciples, il y voit un signe de son corps et son sang livrés et il ajoute : « je ne boirai plus de vin jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. »

On connaît bien l'institution de la Cène. L'épisode de la femme versant du parfum sur la tête de Jésus est plus surprenant, son attitude est d'ailleurs incomprise et critiquée. Elle mérite qu'on s'y attarde un peu plus...


Les convives : une religion « utilitaire »

Mais avant de parler de la femme, commençons par dire deux mots de la réaction des convives.

Elle est quand même assez compréhensible : ils sont choqués par le gaspillage. On aurait pu utiliser ce parfum de grand prix à des fins plus utiles. Comme le vendre et donner l'argent aux pauvres !

Mais ce n'est pas l'avis de Jésus ! Ce qu'a fait cette femme est admirable. « Vous aurez toujours des pauvres avec vous. Et vous pourrez leur faire du bien chaque fois que vous le voudrez. Mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » (v.7)

Jésus ne dit pas qu'il ne faut pas se soucier des pauvres : « vous aurez le temps de vous occuper des pauvres ». Ce qui implique qu'il conviendra de le faire ! Dans d'autres circonstances, vendre ce parfum et en donner le prix aux pauvres auraient pu être une bonne idée. Mais le moment est particulier. Et le geste de cette femme a de la valeur aux yeux de Jésus.

En réalité, la réaction des convives traduit une foi, une religion « utilitaire ». Où il n'y a pas de place pour des gestes généreux et gratuit pour le Seigneur.

Il est intéressant de noter que, alors que chez Marc la femme est anonyme, chez Jean ce n'est plus le cas puisqu'il s'agit de Marie, la soeur de Marthe. Vous savez, celle qui avait choisi de se mettre aux pieds de Jésus et l'écouter alors que sa soeur s'activait pour les tâches pratiques et critiquait sa soeur de ne pas se rendre utile ! C'est de Marie que Jésus a dit qu'elle avait choisi la bonne part alors que Marthe s'agitait.

Tout ce qu'on fait pour le Seigneur ne doit pas forcément être « utile », évalué selon une logique de rendement ou d'efficacité. Il doit rester de la place pour des actes gratuits, sans calcul. Comme le geste de cette femme...

D'ailleurs, la louange, l'adoration, ce n'est pas « utile » ! Ca doit rester un acte gratuit, un cadeau offert au Seigneur. Où la valeur de la louange ne dépend pas du bien qu'elle me procure mais de l'honneur qui est rendu à Dieu. Dans notre vie de foi, dans notre spiritualité en Église, tout ne doit pas être rationalisé, cadré, rentabilisé...


La femme au parfum : un geste prophétique à son insu

Chez Marc, comme chez Matthieu, cette femme est anonyme... pourtant Jésus dit que de génération en génération on se souviendra d'elle...

Et c'est bien le cas, on se souviendra du geste de cette femme puisque trois des quatre évangiles relatent cet épisode, avec quelques variantes, mais avec la même force et la même interprétation prophétique de Jésus : ce qu'a fait cette femme n'est pas scandaleux mais admirable, ce n'est pas du gaspillage mais un hommage, un « embaumement » prophétique, annonçant la mort proche de Jésus.

Mais quelle était la motivation de cette femme ? On ne sait pas qui elle était, ni d'où elle avait pris ce parfum de grand prix. Ce n'était sans doute pas un geste prophétique pour elle ! Juste un acte spontané de générosité, une marque d'hospitalité pour un hôte de choix. Jésus, qu'elle voulait honorer.

Une adoration par le geste

Son hommage, elle ne l'exprime pas par des paroles mais par un geste fort. Un geste qui l'expose à la critique de ceux qui ne la comprennent pas... Mais Jésus, lui, reçoit ce geste au-delà même de ce que la femme pouvait imaginer. Il l'accepte comme un hommage

Nous autres protestants, nous insistons sur la place de la parole. Notre louange est essentiellement faite de paroles, qu'elles soient priées ou chantées. Le geste étonnant de cette femme nous montre que le Seigneur accepte aussi d'autres formes d'adoration. Où le symbole, le geste, le corps, peuvent avoir toute leur place.

Une prophétie à son insu

On l'a dit, l'acte de cette femme n'était sans doute pas réfléchi mais spontané. C'était sa façon d'exprimer son hommage à Jésus... et Jésus non seulement l'accueille favorablement mais il lui donne une portée prophétique, au-delà de ce que la femme pouvait imaginer. Il défend le geste de cette femme devant ceux qui la critiquaient en affirmant qu'il constitue comme un embaumement par avance de son corps...

Un simple hommage spontané devient un geste prophétique... Une sorte de prophétie à son insu ! Mais que pouvons-nous savoir de la portée de nos actes ? Le Seigneur peut utiliser nos actes gratuits, nos élans de générosité, comme des actes prophétiques.

Il peut changer nos gestes du quotidien en signe, en encouragement, en interpellation, pour notre prochain. Sans forcément qu'on s'en rende compte. Mais qui n'a jamais été touché, interpellé, encouragé par le Seigneur simplement en voyant un acte banal du quotidien, un témoignage d'amour, d'humilité, de solidarité, de partage ?


Conclusion

L'épisode étonnant de cette femme versant sur la tête de Jésus un parfum de grand prix nous invite à redécouvrir l'adoration comme un acte gratuit, sans calcul, débarrassé de toute pensée utilitaire.

Non seulement le Seigneur accueille une telle adoration, mais il peut changer de tels gestes en signes. Il peut rendre utile un acte gratuit... mais pas forcément comme on aurait pu l'imaginer !

En réalité, chacun de nous peut devenir, entre les mains du Seigneur, un prophète, même à notre insu !

Rédigé par Vincent

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