Une question de regard...

Publié le 13 Juin 2010

 

La prédication en mp3

Rubens.jpgLecture biblique : Luc 7.36-50 


Quand on regarde le tableau de Rubens, on voit beaucoup de monde autour de la table. Le texte biblique ne le dit pas, mais c'est probable. Comment une femme aurait pu s'introduire si facilement dans la maison s'il n'y avait que Jésus et Simon ? Il y avait sans doute des amis de Simon, d'autres Pharisiens, peut-être de sa famille. Et puis il y avait les disciples avec Jésus. 


Il y avait sans doute beaucoup de monde autour de la table mais le texte biblique se centre sur trois personnages seulement : Simon le Pharisien, Jésus et la femme pécheresse. 


Dans le tableau, regardez tout ce qui se passe dans les regards. Comme d'ailleurs le texte de l'Evangile le laisse entendre :

- Simon voit la femme pécheresse et se livre à des réflexions

- Jésus, prenant cette femme en exemple, demande à Simon : « tu vois cette femme ? »


Dans cet épisode, tout est question de regard...


Rubens2Le Pharisien : il est incapable de voir au-delà des apparences


Sur le tableau : Simon est sans doute celui qui est tout à gauche, en face de Jésus. Il n'est pas seul. D'autres Pharisiens sont avec lui. Les regards sont sévères, voire accusateurs.


D'ailleurs, on peut s'interroger sur les motivations de son invitation. Il n'a visiblement pas fait ce qu'il devait faire comme hôte digne de ce nom. Il y a trois signes d'hospitalité auquel l'hôte ne s'est pas soumis, en tout cas pour Jésus : de l'eau pour laver les pieds, un baiser en signe de paix et de l'huile parfumée sur la tête. 


Jésus n'était pas le seul invité, a-t-il manqué à ses devoirs envers tous ses invités ? Ou traitait-il Jésus avec un peu de distance, de dédain ? Quand on connaît l'hostilité des Pharisiens envers Jésus, on peut s'interroger.


En tout cas, lorsque survient cette femme pécheresse, Simon le Pharisien y voit l'occasion de jauger Jésus. Il ne porte pas d'accusation à haute voix à Jésus. Il y pense seulement : « il se dit prophète et il ne voit même pas que cette femme est une pécheresse qui va le souiller par son contact ! » Il ne dit rien... mais cela n'échappe pas à Jésus. Et sans doute que son visage, son attitude trahissait ses pensées. 


Simon ne voit dans cette femme qu'une pécheresse. Et il ne voit dans son geste qu'une occasion d'être souillé par le contact avec elle. C'est un Pharisien, légaliste, obnubilé par la pureté rituelle. Il est incapable de voir l'intention de cette femme, sa foi et son amour... simplement parce que c'est une pécheresse.


Mais ne sommes-nous pas parfois prisonniers de nos a priori, incapables de voir au-delà de l'étiquette que nous ou d'autres ont accolé à telle ou telle personne ? Il est incapable de discerner les motivations pures et bonnes derrières des actes étonnants, inhabituels. Parce que nous sommes enfermé dans nos traditions, nos schémas... une certaine forme de légalisme.


Rubens3.jpgJésus : il regarde au coeur


Sur le tableau : Jésus est pied nu et ne regarde pas la femme mais Simon à qui il s'adresse. Mais il montre de la main la femme à ses pieds. A côté de lui, ses disciples ? L'un écoute avec attention, un autre semble parler avec son voisin. Les disciples étaient peut-être aussi sceptiques que Simon le Pharisien ! 


Jésus ne regarde pas la femme mais Simon à qui il s'adresse. S'il ne regarde pas la femme pécheresse, ce n'est pas qu'il l'ignore. Tout au contraire, il la désigne de la main parce qu'il la prend en exemple.


Jésus interpelle Simon avec une parabole. Plus quelqu'un se montre généreux avec nous, ici en remettant une dette importante, plus on a de la reconnaissance envers lui. Jésus en tire une conclusion étonnante : « celui à qui on pardonne peu aime peu... » 

 

Ce n'est pas tellement la « quantité » de péché pardonné qui est en jeu mais la conscience d'avoir été pardonné. Le Pharisien n'estimait pas à avoir être pardonné. En tant que bon Pharisien, il se sentait sans doute pur... 


Mais qui a le mieux compris l'amour de Dieu manifesté en Jésus ? Celui qui, se croyant pur, n'estime pas avoir besoin d'être pardonné... ou si peu ? Ou celle qui a conscience de son péché et se tient humblement aux pieds de  Jésus ? 


L'attitude de l'un et l'autre l'exprime clairement pour Jésus. Il sait voir derrière les apparences :

- Le Pharisien pur et sans reproche n'a même pas accompli ses devoirs d'hôte

- La pécheresse l'a fait à sa place, de manière surprenanet, peut-être maladroite, mais sincère.


Le Seigneur n'a pas changé. Il attend toujours de nous que nous reconnaissions notre état de pécheur. Il ne s'arrête pas à notre maladresse, nos prières mal assurées ou balbutiantes. Il regarde au coeur et sait reconnaître un coeur sincère et humble. Voilà ce qu'il attend de nous.



Rubens4La femme pécheresse : elle regarde humblement à terre


Sur le tableau : c'est elle qui est au centre de la scène. Pourtant personne ne la regarde. Elle est ignorée... Dans l'Evangile, elle n'a d'ailleurs pas de nom. Alors qu'elle semblait connue puisque Simon la reconnaît comme pécheresse ! Seul Jésus la désigne de la main, pour la présenter en exemple. 

Représentée l'épaule nue, elle est sans doute vue comme une prostituée. Elle garde les yeux à terre, en signe d'humiliation. 


Comment comprendre le geste étonnant de cette femme ? Quel sens ont ses larmes ? Elle est dans une attitude d'humiliation, à terre, aux pieds de Jésus. Ses larmes témoignent de son émotion, peut-être même de sa repentance. Le parfum qu'elle verse témoigne de l'honneur qu'elle veut rendre à Jésus. 


Il n'y a pas de repentance explicite, pourtant Jésus dit que ses péchés sont pardonnés. Et surtout, il conclut en disant  : « ta foi t'a sauvée ; va en paix. » Il faut donc voir son geste comme un acte de foi et de repentance. Une foi marquée par l'audace, en s'introduisant dans la maison du Pharisien. Une foi marquée par l'humilité : aucune parole, juste un geste humble aux pieds de Jésus. 


C'est toute la force de cet épisode. Montrer en exemple une femme qui a su allier audace et humilité dans un geste de foi inhabituel. Alors que l'audace pourrait facilement conduire à l'orgueil, et l'humilité pourrait facilement nous garder en retrait.


Les exemples étonnant de foi, donnés souvent par des gens en marge, dans l'Evangile, nous interpellent. Notre foi est-elle caractérisée par l'audace et l'humilité ? Ou est-elle trop souvent timorée, en retrait, cantonnée dans la sphère privée ?


Est-ce que nous osons, parfois, sortir des sentiers battus ? Au risque d'essuyer les critiques des Pharisiens modernes (il y en a dans les Eglises...) mais le Seigneur, lui, ne s'y trompera pas ! Il ne s'agit pas d'être anticonformiste juste pour le plaisir de la provoc ! Mais de savoir, parfois, avoir l'audace de faire éclater des cadres qui sont des carcans ou des prisons. 


Conclusion


Dans cet épisode de l'Evangile, nous avons donc :

- Un Pharisien incapable de voir au-delà des apparences... et incapable d'avoir un regard lucide sur lui-même

- Jésus seul capable de regarder au coeur

- Une femme pécheresse qui ne s'arrête pas au regard des autres mais qui ose un acte de foi audacieux et humble.


La foi, et l'incrédulité, est souvent une question de regard. Dis-moi le regard que tu as sur toi-même, sur les autres et sur Dieu, et je te dirai la foi que tu as !


questionPour aller plus loin...

Pour prolonger la réflexion, voici quelques questions bibliques et/ou personnelles :

 

 

 


Questions bibliques et théologiques


Lisez Luc 5.27-32 et comparez ce récit avec celui du repas chez Simon le Pharisien. 

- Quels sont les points de contact possible ?  

- Comparez les personnages en présence, les paroles de Jésus, les leçons de ces deux épisodes...


Questions personnelles


Quelle influence a le regard des autres dans ma façon de vivre ma foi ? 

- Le regard de mes proches, le regard des frères et soeurs dans l'Eglise, le regard de mes amis...

 

 

Rédigé par Vincent

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