Sans langue de bois !

Publié le 22 Avril 2012

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(Suite à un problème technique, la prédication n'a pas été enregistrée...)

 

Lecture biblique : Matthieu 22.15-22

Dans les débats politiques dont nous avons été abreuvés en ces temps d'élection, ce qui m'énerve le plus (ou qui m'amuse aussi parfois...), c'est la langue de bois. Dire des banalités et enrober le discours pour ne pas répondre à la question posée... Les politiciens sont les grands spécialistes de cet exercice !

Est-ce que Jésus ne fait pas un peu preuve de langue de bois ici ? "Rendez à l'empereur ce qui est à l'empereur. Et rendez à Dieu ce qui est à Dieu." Est-ce qu'il n'est pas en train de "noyer le poisson" et de ne pas répondre à la question qu'on lui pose ? Il est vrai qu'il s'agissait d'une question piège de la part des chefs religieux : si Jésus répondait "oui", on aurait pu le taxer de collaborateur avec l'occupant romain ; s'il répondait "non", on aurait pu le dénoncer comme un rebelle au pouvoir romain. 

Jésus refuse de se laisser piéger... Mais pour autant, sa réponse est-elle sans langue de bois ?

 

Rendre à César... 

Il faut être attentif à la façon dont Jésus répond. D'abord, il dit explicitement qu'il a bien compris que c'était un piège qu'on lui tendait. Ensuite, il demande aux Pharisiens de leur montrer une pièce de monnaie, qui est bien-sûr à l'effigie de César. Ensuite seulement il prononce cette parole devenue célèbre : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu."

Si ses interlocuteurs sont capables de lui montrer une pièce de monnaie à l'effigie de l'empereur, cela signifie qu'il y a eu commerce avec les Romains, que des Juifs leur ont vendu de leurs produits et qu'ils ont maintenant l'argent en poche. Ils ont, de fait, accepté de vivre dans la réalité politique de l'empire romain...

"Rendez à César ce qui est à César" signifie alors accepter et respecter le pouvoir établi. Même s'il sera toujours imparfait et provisoire. Même si nous pouvons être déçus par nos politiciens et manquer de confiance en eux... 

Affirmer "rendez à César ce qui est à César", c'est reconnaître la légitimité des pouvoirs humains, avec leurs limites. C'est souligner l'importance d'assumer notre devoir civique. Voter en fait partie, sans aucun doute, dans une société démocratique. 

Je ne sais pas pour qui voterait Jésus aujourd'hui, mais ce dont je suis à peu près sûr, c'est qu'il voterait !

 

Rendre à Dieu...

Mais Jésus ne s'arrête pas là, il ajoute "rendez à Dieu ce qui est à Dieu". Ce n'est pas parce qu'il y a une légitimité à un pouvoir politique qu'il ne faut pas porter un regard critique. En précisant qu'il faut aussi "rendre à Dieu ce qui est à Dieu", Jésus souligne ces limites. 

On sait que l'empereur romain se considérait comme un dieu. Jésus laisse clairement entendre qu'il n'est qu'un homme. Seul Dieu est Dieu... Du coup, si la question est de savoir s'il faut coopérer ou non avec un tel personnage, la question est réglée. C'est un homme et on peut traiter avec lui comme avec un homme. S'il se prend pour Dieu, c'est son problème, pas le nôtre !

Il s'agit de rendre à César ce qui lui revient... mais pas plus. De respecter l'autorité de l'Etat comme il convient, de lui rendre ce qu'il faut, tout ce qu'il faut, rien que ce qu'il faut. 

Au-delà de cette mise au point, il y a une interpellation. Que devons-nous rendre à Dieu ? Qu'a-t-on reçu de lui que nous devions lui rendre ? 

Nous avons reçu de lui la vie : il est notre Créateur. Nous avons reçu de lui le salut : il est notre Sauveur. Et pour nous sauver, il a donné son Fils ! Alors, qu'est-ce que Dieu nous a donné ? L'amour ! 

Il nous a aimé et conféré une dignité. Nous devons lui rendre amour et respect. Il a donné son Fils, qui lui-même a donné sa vie. Nous devons lui donner notre foi, notre confiance, notre vie. 

 

Une question d'images... 

Dans la réponse de Jésus au piège des Pharisiens, il y a une question d'images. C'est l'image de César sur la pièce de monnaie qui permet à Jésus de justifier le fait de payer l'impôt. Mais c'est aussi cette image qui montre les limites du pouvoir politique. 

Or, s'il y a des images de César, il y a aussi des images de Dieu, auxquelles Jésus pourrait bien penser ici. César n'a que des pièces de monnaies, ou des statues, à son effigie. Selon le récit de la Genèse, nous sommes les images de Dieu. 

Il s'agit donc de rendre à César ce qui porte l'image de César, et rendre à Dieu ce qui porte son image. En ce qui concerne César, il est juste de payer l'impôt. En ce qui concerne Dieu, c'est de l'image de Dieu dans nos frères et soeurs humains que nous devons nous occuper. César en fait partie, tout comme les Pharisiens, les disciples, et les païens !

A l'heure de mettre notre bulletin de vote dans l'urne, considérons comment nos candidats traitent cette image de Dieu que sont les hommes et les femmes... Une image de Dieu qui demeure et fonde une dignité à tout être humain, quel qu'il soit, quelle que soit sa couleur de peau, sa culture, ses origines, sa religion... Une image de Dieu que nous partageons tous, et qui nous appelle à la solidarité.

Pour reprendre une parole biblique bien connue, s'il s'agit d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, c'est bien parce que nous partageons la même image de Dieu en nous. 

 

Conclusion

Loin d'être de la langue de bois, la réponse de Jésus témoigne d'une grande sagesse et d'un équilibre remarquable. Il refuse d'être catalogué comme collaborateur ou comme opposant. Il rejette les réponses simplistes. Il ne prône ni la résignation désenchantée, ni le rejet pur et simple. Il ne bénit pas non plus en soi l'empereur et l'ordre établi ! Il n'est ni dans le "tous pourris", ni dans l'illusion. 

Il appelle à un comportement responsable dans la société où nous vivons. Dans le respect, tout en gardant un regard critique. Il rappelle où sont les priorités : dans le respect et le service de Dieu, qui se manifestent aussi dans la solidarité et l'amour du prochain. Un idéal à la lumière duquel, peut-être, nous sommes invités à faire notre choix.

Payer l'impôt, remplir son devoir civique, voter... c'est normal. Il n'y a aucune raison pour que les croyants en soient dispensés. Bien au contraire ! Sans oublier qu'aucun empereur, ni aucun président de la République, ne pourra exercer un pouvoir parfaitement juste. Celui dont nous attendons un règne de justice et de paix, pour tous, c'est notre Dieu, notre Créateur et Sauveur. 

 

 

Pour aller plus loin

 

Questions bibliques et théologiques

Lisez Romains 13.1-7, où Paul aborde un peu le même sujet, de façon plus développée.

  • Quels sont les points communs et les différences avec la réponse de Jésus ?
  • De quelles autorités Paul parle-t-il ? Ce qu'il dit doit-il s'appliquer à tous les régimes politiques ?

Questions personnelles

Combien de temps ai-je consacré, ces derniers temps, à prier pour les autorités (cf. 1 Timothée 2.2) ?

Rédigé par Vincent

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