Qui est ce Dieu qui profère des paroles de jugement ?

Publié le 2 Octobre 2011

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Lecture biblique : Esaïe 5.1-7

Ce chant, magnifique au demeurant, n'est pas vraiment gai... Il ressemble plutôt à une complainte, se terminant par de terribles paroles de jugement.

Et justement, que faire des paroles de jugement dans la Bible ? En quoi nous concernent-elles ? On pourrait en avoir juste une lecture historique : on replace ce texte dans son contexte, pour y voir le jugement de Dieu sur le peuple d'Israël, annonçant l'exil comme une sanction de Dieu à l'infidélité du peuple. OK... C'est juste. Mais on reste alors extérieur à un tel texte. On ne se sent pas concernés.

Ou alors, on peut faire le raccourci de le lire comme s'il nous était adressé tel quel à nous aujourd'hui. Et on se laisse écraser par le jugement sévère de Dieu, rongé par la culpabilité car, c'est vrai, on ne porte pas toujours du bon fruit pour le Seigneur...

Mais pour bien comprendre ces paroles de jugement, peut-être faut-il d'abord bien comprendre qui les prononce... Qui est ce Dieu qui, parfois, prononce des paroles de jugement ? Et comment alors les recevoir aujourd'hui ?


Un Dieu qui nous laisse un espace de liberté

Dans notre texte, Dieu est comparé à un vigneron consciencieux. Il fait tout pour que sa vigne porte du fruit. Non seulement elle est plantée sur un coteau fertile, mais en plus le vigneron la bichonne. Il travaille la terre, prend soin de la vigne, bâtit une tour sans doute pour abriter un gardien... Bref, il crée les conditions favorables à l'épanouissement de la vigne. Pour qu'elle puisse produire du bon raisin.

Il faut le remarquer, cette métaphore fait de Dieu un vigneron... et pas plus. Dieu accepte de n'être qu'un vigneron ! Il prend soin de la vigne, mais ce n'est pas lui qui portera le fruit. Il ne peut qu'espérer que sa vigne porte du bon fruit ! Le verbe revient deux fois (versets 2 et 3).

C'est tout à fait étonnant ! Le Créateur du ciel et de la terre, le Dieu tout-puissant accepte de n'être qu'un vigneron pour nous. Il accepte de ne pouvoir qu'espérer que nous portions du bon fruit... il  ne va pas le faire à notre place !

Dieu choisit de nous laisser un espace de liberté. C'est indispensable pour qu'il y ait une vraie relation possible, dans un face-à-face responsable. Et s'il y a une relation, il y a aussi la possibilité d'être déçu... comme dans notre texte. Et comme, parfois, dans notre vie aussi.

Retenons donc que ce Dieu qui parfois peut prononcer des paroles de jugement, est d'abord un Dieu qui prend le risque d'être déçu parce qu'il nous laisse libre et responsable !


Un Dieu qui attend quelque chose de nous

Après tout le travail fourni, le vigneron est en droit d'attendre de bons raisins de sa vigne. Mais sa déception est à la mesure de son attente...

Dans le contexte d'Esaïe, Dieu est celui qui a délivré son peuple et lui a donné une terre. Il a accompli des promesses qui remontent à Abraham, en vertu d'une alliance par laquelle il s'est engagé avec son peuple. Il était en droit d'attendre d'Israël qu'ils respectent la charte de l'alliance, résumée dans le Décalogue.

Il espérait l'équité, et voici le crime !
– la justice, et voici les cris des victimes ! (v.7)

Mais qu'est-ce que Dieu est en droit d'attendre de nous ? En tant que notre Créateur, n'est-il pas en droit d'attendre quelque chose de ceux à qui il a donné la vie ? Au terme d'un long processus de révélation, il a pourvu à notre salut par la venue et la mort de son Fils... n'est-il pas en droit d'attendre quelque chose de ceux pour qui il a donné son Fils ? A plus forte raison si nous avons reçu par la foi le Christ, n'est-il pas en droit d'attendre quelque chose de ses enfants ?

La charte de la nouvelle Alliance, c'est sans doute ce commandement pourtant ancien mais revêtu d'une portée nouvelle avec Jésus-Christ, ce double commandement de l'amour :

"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute force et de toute ta pensée" et "Tu aimeras ton prochain comme toi-même."

C'est peut-être bien cela que le Seigneur est en droit d'attendre de nous. De l'aimer lui, notre Créateur et notre Sauveur. Et d'aimer notre prochain qu'il a créé et qu'il veut sauver.

Voilà ce que Dieu est en droit d'attendre de nous, placés dans l'espace de liberté qu'il a choisi de nous donner.


Un Dieu qui ne tolère pas le mal

Et c'est dans ce contexte que peuvent survenir des paroles de jugement...

Car il est évident que le chant se termine mal. Le vigneron, déçu par sa vigne, la laissera à l'abandon, sans protection. Remarquez qu'il ne va pas arracher la vigne... il va juste défaire ce qu'il avait fait pour la protéger et ne plus en prendre soin. Bref, il va la livrer à elle-même !

Le jugement de Dieu est avant tout de cet ordre : livrer les pécheurs à eux-mêmes. Dieu n'est pas un père fouettard qui punit les enfants désobéissants que nous sommes, un Dieu cruel qui prendrait plaisir à punir. Le jugement de Dieu n'est pas de l'ordre de la punition.

Alors pourquoi de telles paroles de jugement ? Parce que Dieu ne peut pas tolérer le mal. Et pourquoi ? Parce que quand il y a des crimes, il y a aussi des victimes (cf. v.7) Et les paroles de jugement du Seigneur sont aussi là pour le rappeler.

Que faire donc des paroles de jugement comme celle-ci ? Recevons-les comme des exhortations à bien user de notre liberté, à poursuivre la justice et le bien. Entendons-les comme des rappels solennels de notre responsabilité. Le mal que nous faisons ne nous concerne pas nous seulement mais a toujours des conséquences autour de nous et occasionne des victimes ! Les paroles de jugements dans la Bible sont aussi là pour nous le rappeler...


Conclusion

Il faut bien le constater, on rencontre de nombreuses paroles de jugement dans la Bible. Mais la façon dont nous les recevons dépend beaucoup de notre vision de Dieu.

Le Dieu vigneron qui nous est présenté dans ce cantique d'Esaïe est un Dieu qui choisit de nous laisser un espace de liberté parce qu'il nous considère comme responsables. Et c'est la raison précise pour laquelle il est en droit d'attendre quelque chose de nous. Les paroles de jugement apparaissent alors comme une façon pour Dieu de nous rappeler notre responsabilité, voire de dénoncer des comportements néfastes. 

Mais le Dieu qui juge n'est pas le Dieu qui punit. Nous nous punissons nous-mêmes si nous nous écartons de Dieu, et son pire jugement est de nous laisser livrés à nous-mêmes.

Finalement, les paroles de jugements appellent les paroles de grâce. Elles nous rappellent que nous ne pouvons nous passer de Dieu et de son amour, pour produire de bons fruits, pour aimer notre Créateur et notre prochain.

Rédigé par Vincent

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