Manger le Christ !?

Publié le 19 Août 2012

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Lecture biblique : Jean 6.51-58

Ce texte a quelque chose de dérangeant... Encore, si Jésus en était resté au verset 51, ça irait ! On comprend qu'il parle de manière symbolique. Le pain, c'est son corps. Autrement dit, il va mourir, donner sa vie en offrande. Et accueillir le Christ par la foi, c'est "manger" ce corps. 

Mais alors que les Juif présents se disputent à propos de ces paroles qu'ils ont du mal à comprendre, Jésus en rajoute une couche. Non seulement il faut manger son corps mais il faut aussi boire son sang (v.53) ! Il insiste en disant que son corps est une vraie nourriture et son sang une vraie boisson (v.55) ! Et il souligne : "celui qui me mange vivra par moi" (v.57)... 

On peut essayer de s'en tirer en disant que Jésus fait référence à la Cène. Mais c'est un peu un anachronisme parce qu'à ce moment-là, la Cène n'a pas été instituée ! 

Ce serait bien-sûr ridicule d'accuser Jésus de cannibalisme. Il s'agit bien d'un discours imagé et personne n'est dupe. Mais le langage utilisé par Jésus peut provoquer un certain malaise... et c'est sans aucun doute volontaire. Parce qu'il veut provoquer une prise de conscience...

 

Manger et boire

Cette forte insistance sur le fait de manger et de boire implique une assimilation profonde du Christ. Il ne s'agit pas seulement de goûter du bout des lèvres mais de manger et de boire. Il ne s'agit pas seulement de s'intéresser de loin au Christ, d'étudier son enseignement et sa vie mais de l'assimiler, le laisser entrer et habiter en nous.

La force de cette image veut nous faire comprendre la réalité de la vie chrétienne. Il ne s'agit pas de suivre les rites d'une religions ou de se soumettre à une tradition. Il s'agit de vivre une profonde communion avec le Christ, une assimilation progressive de sa personne, son oeuvre, son enseignement, dans notre vie. "Manger et boire" le Christ pour qu'il devienne une part de nous-mêmes. 

Voilà ce que signifie être chrétien, disciple du Christ ! Ce n'est pas se sentir proche de Jésus ou être intéressé par son enseignement, c'est vivre en lui et par lui. 

C'est ici que ce texte peut entrer en résonance avec la Cène où le fait de manger du pain et boire du vin nous rappellent cette assimilation nécessaire du Christ dans notre vie. 

 

Un besoin vital

L'image est parlante : il nous faut manger pour vivre. Il nous faut "manger" le Christ pour avoir la vie en nous. Car là est tout l'enjeu : la vie éternelle. Même s'il est bien question de résurrection au dernier jour, la promesse de vie ne se résume pas à une vie après la mort, un au-delà ou une vie future. Elle est une vie qui commence aujourd'hui. 

"Si quelqu'un mange mon corps et boit mon sang, il vit avec Dieu pour toujours. Et moi, le dernier jour, je le relèverai de la mort." (v.54)

La vie commence aujourd'hui dans la communion avec le Christ... et la résurrection au dernier jour n'est que l'aboutissement de cette vie. L'enjeu, c'est d'avoir le Christ qui vit en nous. C'est que nos vies témoignent du Christ, qu'elles transpirent de sa présence.

Et pour cela, il ne s'agit pas seulement d'avaler une pilule, comme on prendrait un médicament une fois pour toutes. Il s'agit de manger et de boire, de s'alimenter. Et cela nécessite une alimentation continue, renouvelée et équilibrée. Une alimentation qu'on ne peut trouver que dans une communion régulière avec le Christ. 

 

Un plaisir

Manger et boire sont une nécessité pour nos corps. "Manger" le Christ est une nécessité pour vivre spirituellement. 

Mais si manger est une nécessité, c'est aussi un plaisir. C'est là peut-être que se trouve le secret d'une vie spirituelle épanouie. Si on "mange" le Christ uniquement par nécessité, si on perçoit sa vie chrétienne comme une succession de contraintes et d'obligations, je ne vois pas comment notre vie chrétienne sera épanouissante !

Là est toute la différence : manger par nécessité ou manger avec plaisir. N'oublions pas que l'image du festin, du repas de fête, est très présente dans la Bible. Il n'est donc pas incongru d'assimiler manger et plaisir ! Et pourquoi ne pas associer aussi ces textes à ces paroles de Jésus ?

Il me semble très important d'associer à la vie chrétienne une dimension de joie, de plaisir. La joie n'est-elle pas au deuxième rang des fruits de l'Esprit (Galates 5.22), juste après l'amour ?

J'ai l'impression qu'il y a des chrétiens qui souffrent de troubles alimentaires spirituels. Pour les boulimiques ou les anorexiques, il n'y a aucun plaisir à manger. Et certains chrétiens se nourrissent spirituellement comme cela, sans plaisir, en se forçant, ou par devoir. 

Retrouvons le plaisir de manger spirituellement ! Demandons à Dieu de vivre notre vie chrétienne dans la joie. Profitons dès aujourd'hui du festin du Royaume de Dieu !

 

Conclusion

Notre texte demeure, un peu, dérangeant. Il doit garder sa force d'interpellation. Il y reste aussi une part de mystère, celui de la communion, par la foi, avec le Christ, par laquelle nous "mangeons et buvons" le Christ. 

Mais il peut aussi raisonner comme une invitation à la fête. Car le Christ qui s'est donné, mort sur la croix, est aussi ressuscité. Le moyen par lequel il nous invite à commémorer sa mort et sa résurrection, c'est un repas : la Cène. Et le rendez-vous qu'il nous donne, au jour de son retour, c'est pour le festin du Royaume : 

Matthieu 26.29 
"Je vous le dis, je ne boirai plus de ce vin, jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau, avec vous, dans le Royaume de mon Père."

"Manger et boire" le Christ, c'est mordre à pleine dent la vie qu'il nous donne dès aujourd'hui, dans la joie de lui appartenir, et dans l'espérance de la vie éternelle.

Rédigé par Vincent

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