Le vigneron et le figuier

Publié le 20 Mars 2011

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Jésus disait aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n'en trouva pas.

Alors il dit au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le donc : pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? »

Le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que j'y mette du fumier. Peut-être produira-t-il du fruit à l'avenir; sinon, tu le couperas ! »

Luc 13.6-9

 

Voilà une parabole qui s'éclaire différemment selon qu'on la relie à ce qui précède ou à ce qui suit... 

Traditionnellement, on la rapproche plutôt de l'épisode précédent. On l'interprète comme un avertissement adressé en particulier au peuple d'Israël qui ne porte pas de fruit et qui finira par être coupé, jugé par le Seigneur...

Mais pourquoi ne le rapprocherait-on pas de l'épisode qui la suit immédiatement ? Jésus prend soin d'une femme que tout le monde ignore parce qu'elle est infirme, comme le vigneron prend soin du figuier qui ne porte pas de fruit... 

Dans ce cas c'est moins la perspective du jugement que les soins patients du vigneron qui sont mis en évidence. De fait, c'est bien dans l'attitude étonnante du vigneron que se trouve la pointe de la parabole !

On comprend l'argument du maître de la vigne : pourquoi garder dans son champ un figuier qui ne porte pas de fruit ? Il occupe inutilement la terre ! Mieux vaut le couper et en planter un autre... Ce serait plus productif !

Ce n'est pas l'avis du vigneron qui veut laisser encore une chance au figuier. Ce qui peut faire pencher la balance, c'est l'engagement qu'il prend de s'occuper du figuier et de tout faire pour qu'il finisse par porter du fruit.

Deux logiques s'affrontent : celle du maître de la vigne, une logique de productivité, et celle du vigneron, une logique de grâce et de patience. C'est l'exemple du vigneron que nous sommes appelés à prendre...

 

Les dangers de la productivité

La logique de productivité s'exprime par cette phrase à propos du figuier : « pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? »

Si l'argument tient d'un point de vue agricole, ce n'est plus le cas quand on le considère dans la perspective du Royaume de Dieu. Parce que ici Jésus ne veut pas donner un enseignement sur la façon de gérer une vigne ! Il parle bien du Royaume de Dieu !

Ne nous arrive-t-il jamais de penser que tel ou tel « occupe la place inutilement » dans l'Eglise ? Qu'il ne produira de toute façon jamais de fruit pour le Seigneur ?

Voilà pourquoi le vigneron s'oppose au maître de la vigne dans la parabole. Gardons nous de juger trop vite un figuier stérile, de penser de quelqu'un qu'il occupe inutilement la place...

Le Royaume de Dieu n'est pas une entreprise commerciale. Une Eglise ne se gère pas comme une entreprise... 

Mais nous vivons dans un société occidentale, capitaliste et basée sur l'économie de marché... On appréhende aussi facilement l'Eglise en terme de croissance, d'efficacité et de marketing. 

Pas sûr que ce soit la bonne façon de mesurer la vitalité d'une Eglise... On risque de recevoir le même jugement que l'Eglise de Laodicée, dans l'une des lettres aux 7 Eglises de l'Apocalypse, qui se croyait riche alors qu'elle était pauvre et misérable aux yeux du Seigneur !

Et si la vitalité d'une Eglise ne se mesurait pas simplement à sa croissance et sa productivité mais aussi à sa capacité à prendre soin de ceux qui peinent à porter du fruit ? 

 

Une leçon de patience

La patience du vigneron s'exprime ainsi : « Peut-être finira-t-il par porter du fruit ? »

La patience est une vertu essentielle du Royaume de Dieu. C'est un des attributs centraux de Dieu dans l'Ancein Testament : « Lent à la colère... » C'est aussi une des qualités essentielles, dans la liste du fruit de l'Esprit.

Mais quelle patience ? Pas une patience subie et passive mais une patience choisie et active. Il ne s'agit pas de supporter les autres en soupirant... mais de faire preuve de patience dans une relation d'entraide, d'écoute, de pardon... Comme le vigneron qui creuse autour du figuier et met de l'engrais.

Cette parabole nous invite à changer de perspective. La logique productive coupe et retranche, la logique de la grâce patiente et donne une nouvelle chance. 

Selon quelle perspective envisageons-nous nos relations dans l'Eglise ? 

Quel est notre perspective pour notre Eglise ? Plus de productivité, pour améliorer nos statistiques, notre rendement ? Au risque de couper et retrancher ceux qui semblent inutiles ? Ou plus de patience, de grâce, en laissant le temps à chacun de porter du fruit ?

 

Conclusion

A la lumière de cette parabole, reposons-nous la question : et si la vitalité d'une Eglise se mesurait à sa capacité à prendre soin de ceux qui peinent à porter du fruit ? 

Mais si dans la parabole c'est le seul vigneron qui prend soin du figuier, dans l'Eglise c'est nous tous qui sommes concernés, pas seulement le pasteur ou les membres du Conseil ! Nous sommes tous appelés à être des « vignerons » pour notre frère et notre soeur, faisant preuve de patience et de bienveillance. 

Finalement, c'est en prenant soin les uns des autres que, tous, nous pourront porter du fruit à la gloire du Seigneur !

 

questionPour aller plus loin...

Pour prolonger la réflexion, quelques questions bibliques et/ou pratiques...

 


Questions bibliques et théologiques

Cette parabole peut rappeler un autre épisode des évangiles où il est question d'un figuier stérile. Lisez Mt 21.18-19 et Mc 11.12-14. Y a-t-il vraiment un lien entre cet épisode et notre parabole ?

  • Quels sont les contextes propres à ces deux textes ? Comparez au contexte de la parabole.
  • Quel peut être l'enseignement de l'épisode du figuier maudit ?
  • Quels liens et quelles différences y a-t-il avec la parabole ?

Questions pratiques

Y a-t-il quelqu'un, dans mon entourage ou dans l'Eglise, qui apparaît à mes yeux comme un « figuier stérile » (qui ne produit pas de fruit pour le Seigneur et qui n'en produira jamais) ? 

  • Et si je commençais par prier pour cette personne ? 
  • Comment pourrais-je être pour lui (ou elle) un vigneron patient et bienveillant ?

 

 

 

Rédigé par Vincent

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