Jésus, un portrait contrasté

Publié le 7 Avril 2013

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Lecture biblique : Marc 2.9-29

 

Finalement, quelle est la question à laquelle les évangiles s'efforcent de répondre en priorité ? 

"Qui est Jésus ?" Et la réponse n'est pas si simple que cela. Bien-sûr, on peut comme Pierre l'a fait, déclarer : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Très bien. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? 

On ne réduit pas la nature complexe de Jésus-Christ à une seule phrase... C'est pourquoi les évangiles ne sont pas un traité abstrait de théologie mais un récit. Un récit qui nous raconte l'histoire de la révélation de Jésus-Christ, dans toute sa complexité. Avec toute la difficulté pour nous de la recevoir, de la comprendre, de l'accueillir par la foi.

Et nos deux épisodes de ce matin nous dépeignent un Jésus tout en contraste.

 

Jésus-Christ : si loin et si proche... 

Il y a d'abord le contraste entre ce qui se passe sur la montagne et ce qui se passe en bas de la montagne. Un contraste entre l'épisode glorieux de la Transfiguration, sur la montagne, et la réalité morose en bas, avec cet enfant épileptique que nul ne peut guérir. 

En haut sur la montagne, tout est paisible et on a envie de rester longtemps, de s'installer, de planter des tentes. Mais en bas de la montagne, tout est bruyant, la foule s'agite, tout le monde discute, l'épileptique se roule par terre. Et Jésus se demande combien de temps encore il devra supporter ces gens avec si peu de foi !

Sur la montagne, tout semble possible. Moïse et Elie apparaissent, la voix de Dieu retentit. En bas de la montage, c'est l'échec. Les disciples n'ont pas réussi à délivrer l'enfant épileptique de son esprit mauvais. 

Tout un symbole ! La montagne, c'est la proximité de Dieu. La vallée, c'est ici-bas. Sur la montagne, Jésus est dans la gloire, sa nature divine se dévoile. Dans la vallée, il est dans son humiliation, son incarnation. Homme au milieu des hommes. Ces deux épisodes sont comme l'image du chemin d'humiliation auquel le Fils de Dieu s'est soumis. Il a quitté la gloire pour venir nous rejoindre dans notre humanité. 

La transfiguration est moins l'anticipation de ce qui va venir que le dévoilement, pour un court temps, d'une réalité cachée au temps de l'humiliation du Fils de Dieu. Dans les récits de la résurrection, Jésus n'apparaît jamais comme ici, éclatant. Sinon, comment aurait-il pu être pris pour le jardinier par exemple ? Sur le mont de la Transfiguration, c'est la gloire du Fils de Dieu qui apparaît. Le Fils éternel du Père, qui a quitté la gloire du ciel pour venir sur terre. 

Pierre, Jacques et Jean, les trois disciples les plus proches de Jésus auront ainsi été témoin de cette mise en abyme. Mais il doivent encore en garder le secret. Il est trop tôt pour le proclamer. Mais aujourd'hui, nous pouvons le dire : si Jésus est, pleinement, l'un des nôtres, il est aussi le Fils, deuxième personne de la Trinité. Dieu lui-même. Si loin et si proche de nous... 

 

Jésus-Christ : si différent de nous

Il y a du coup aussi le contraste entre Jésus et nous ! Jésus est tout autre. Pour quelques instants, sur la montagne, le voile est levé et sa gloire apparaît. Il est bien plus que l'homme de Nazareth... 

En bas de la montagne, d'une seule parole il chasse le démon. Et quand les disciples lui demandent pourquoi eux ils n'ont pas réussi, Jésus leur dit : « C'est seulement par la prière qu'on peut faire sortir ce genre d'esprit. » (v.29). Mais Jésus, lui, n'a pas prié ! Il a parlé à l'esprit impur qui est sorti aussitôt !

Jésus est différent de nous... 

Non, n'avons pas la même autorité que Jésus pour chasser les démons d'une seule parole. Pour nous, c'est par la prière qu'ils sont chassés. C'est-à-dire en laissant Dieu agir. Pourquoi les disciples ont échoué ? Et si c'était parce qu'ils avaient essayé d'imiter Jésus ? Si Jésus est notre maître, notre modèle, il est normal que dans une certaine mesure nous devions l'imiter. Mais nous ne devons pas oublier qui il est. En tant que Fils de Dieu il a des prérogatives que nous ne pouvons pas imiter ! 

Certes, quand il les a envoyé, Jésus a donné à ses disciples le pouvoir de chasser les démons. Mais en son nom ! Et ce n'est pas une formule magique mais un rappel que l'autorité appartient à Jésus-Christ seul. « C'est seulement par la prière qu'on peut faire sortir ce genre d'esprit. » Et une prière est adressée à Dieu. Elle laisse Dieu agir là où nous ne pouvons rien faire. Ce n'est pas du tout une attitude va-t-en-guerre... 

Non, nous ne serons jamais transfigurés comme Jésus l'a été. Même au jour de notre résurrection. Parce qu'il est le Fils de Dieu et nous ne sommes que de simples créatures. Jamais une créature, aussi pure soit-elle, ne pourra égaler la gloire du Fils de Dieu ! 

Tout cela n'enlève rien à l'humanité du Christ. Il est, de ce point de vue, notre frère. Mais il est aussi notre Dieu. Et l'épisode de ce matin est là pour nous le rappeler. 

 

Jésus-Christ et nous : entre incrédulité et foi 

Ce double épisode contrasté agit donc comme un révélateur. Et devant la révélation du Christ, Fils de Dieu, la réaction oscille entre incrédulité et foi.

Il y a les trois disciples proches de Jésus, qui ne comprennent pas trop ce qui se passe. Pierre veut monter des tentes pour Elie et Moïse. En redescendant de la montagne, ils ne comprennent pas ce que Jésus leur dit : "Qu'est-ce que cela veut dire, 'se relever de la mort''' ?

Et puis il y a les disciples, au bas de la montagne, dépassés par les événements. Jésus, d'ailleurs, semble en avoir un peu marre... Il se fatigue de constater le peu de foi de ceux qu'il rencontre. 

Et puis il y a le père de l'enfant épileptique, qui prononce l'une des phrases les plus étonnantes et peut-être les plus justes de l'évangile : « Je crois ! Mais aide-moi, parce que je n'ai pas assez de foi ! » (v.24) Plus littéralement : "Je crois (pisteuô) : viens au secours de mon incrédulité (apistia) !" 

C'est la profession de foi la plus honnête du Nouveau Testament ! L'aveu de son incrédulité fait partie de sa profession de foi. La foi n'apparaît pas du tout comme une puissance qu'il s'agirait de mettre en branle pour obtenir quelque chose de Dieu. La force de la foi réside dans la reconnaissance de son incrédulité. C'est un abandon humble et lucide. 

"Je crois !" Je te fais confiance, je sais que mon salut est en toi. Je remets ma vie entre tes mains, je m'attends à toi. 

"Mais aide-moi, parce que je n'ai pas assez de foi !" Je ne comprends pas tout de toi. Je ne suis même pas toujours sûr de moi. J'ai encore tellement à apprendre...

 

Conclusion

Qui est donc Jésus ? Si loin et si proche à la fois. Si différent de nous tout en étant l'un des nôtres. Il est notre frère et notre Dieu ! Pleinement homme et pleinement Dieu. 

Face à Jésus, l'exemple pour nous dans ces récits ne sont pas les disciples, dépassés par les événements et incapables d'imiter Jésus. L'exemple à suivre, c'est le père de l'enfant épileptique, avec sa confession de foi si honnête : "Je crois ! Mais aide-moi, parce que je n'ai pas assez de foi !"

C'est à cette fois-là, humble et lucide, que Jésus prend plaisir !

Rédigé par Vincent

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geber 15/06/2013 15:17

j'ai pourtant aussi lu que Jésus disait" je suis venu pour que vous aussi deveniez fils, comme je le suis" , cela ne voulait-il pas dire que notre transformation en fils était le projet ? nous serons sauvés en étant au service, comme lui en lavant les pieds des disciples, car le vrai maître sert et n'est pas plus grand que le disciple...moi je crois encore qu'en suivant Jésus, son Père nous accueillera et nous admettra dans le royaume comme un vrai fils. Nous pourrions avoir un long approfondissement sur ce sujet. Peut-être qu'une amorce de discussion est envisageable ? avec mes sentiments cordiaux

Vincent 16/06/2013 14:26

Je suis d'accord avec vous... et je ne pense pas que cela soit en contradiction avec ma prédication. Jésus est devenu notre frère, pour que nous puissions devenir fils et filles de Dieu. Il est, d'une certaine manière, le Fils "naturel" et nous sommes des enfants "adoptifs". Mais aussi, par la foi, pleinement fils et filles de Dieu.