Espérer !

Publié le 17 Juin 2012

ecouter Ecouter la prédication                       PDF Télécharger le texte de la prédication

Lecture biblique : Ezéchiel 17.22-24

Le prophète Ezéchiel écrit dans un contexte troublé. Les Babyloniens, puissance dominante à l'époque, ont envahi la Judée, détruit le temple et déporté le roi et une partie du peuple, dont Ezéchiel, à Babylone.

Ses prophéties s'adressent donc à un peuple meurtri, en exil. Un peuple déraciné. Or, la métaphore de notre texte évoque le retour de l'exil et, plus encore, la perspective d'une pleine restauration, avec un roi reconnu de façon universelle. 

En effet, la branche prise à la pointe du cèdre et plantée sur la montagne d'Israël, c'est l'établissement d'un roi à Jérusalem. Le greffon qui grandit et se transforme en un arbre si grand que des oiseaux de toutes sortes viennent y faire leur nid, c'est la pleine restauration, au-delà même de la gloire d'antan, pour le peuple de Juda. C'est le règne d'un roi dont l'influence s'étend à tous les peuples.

C'est en réalité le prolongement d'une espérance née avec la promesse faite au roi David par le prophète Nathan (2 S 7). Promesse d'un roi parfait, véritable fils pour Dieu, et dont le règne n'aura pas de fin. Espérance entretenue tout au long de l'histoire biblique, rappelée par les prophètes avec une dimension messianique de plus en plus marquée. 

Ezéchiel annonce la restauration et l'émergence d'un roi alors qu'il est en exil... Mais comment fait-il pour espérer encore quand il n'y a plus d'espérance ? 

 

Espérer, même à contre-courant

Dans le contexte qui est le sien, il faut une sacrée dose de foi à Ezéchiel pour annoncer la fin de l'exil et la restauration du royaume de Juda !

Je suis admiratif des prophètes bibliques, si souvent à contre-courant. Quand tout va bien, ils disent que ça ne va pas. Ou du moins ils mettent en garde contre les fausses sécurité, dénoncent les injustices et rappellent la nécessité d'un retour à Dieu. Et quand tout va mal, ils disent que tout ira bien ! Ou du moins ils entretiennent l'espérance, annoncent la délivrance, alors même que tout avenir semble bouché. 

Et il faut bien l'avouer, l'histoire nous montre que les choses peuvent évoluer tellement vite dans le monde. On en a des exemples récents, avec les "printemps arabes" où l'on passe si vite de l'espoir à l'inquiétude ou avec tout le système financier occidental qui vacille.

Et on peut faire le même constat à l'échelle de notre vie. On n'est jamais à l'abri d'un événement inattendu qui peut tout remettre en cause ou changer radicalement notre existence, notre vie personnelle, familiale ou professionnelle. Et cela pour le meilleur ou pour le pire !

La seule source possible de notre espérance doit être au-delà des circonstances et des méandres de l'histoire des hommes. Elle ne peut être qu'en celui qui est au-dessus de l'histoire des hommes, celui qui s'engagent par des promesses et qui les tient toujours, même si son temps n'est pas toujours le nôtre... "Moi, le SEIGNEUR, j'ai parlé et je fais ce que je dis." (v.24)

Car l'espérance est évidemment une affaire de foi. Elle ne se fonde pas sur ce qu'on voit mais sur la confiance placée en Dieu. L'exemple des prophètes est une invitation à voir au-delà des apparences voire même des évidences...

 

Continuer d'espérer

D'autant que le retour de l'exil aura bien lieu, conformément aux promesses transmises par les prophètes... mais pas avec la gloire que pouvait laisser espérer ces promesses. Les Juifs retourneront bien en Judée. Ils rebâtiront bien la ville et le temple mais sans jamais retrouver la gloire espérée. Sans avoir ce roi parfait tant attendu...

Du coup, la promesse n'étant pas encore accomplie, elle a été relayée à travers les siècles, par de nouveaux prophètes animés de la même foi. Et cette promesse est parvenue jusqu'à Jésus, qui l'a lui-même prolongée. Je pense notamment à une parabole  qui se termine de façon très similaire à celle de la prophétie d'Ezéchiel, celle de la graine de moutarde. 

Matthieu 13.31-32 [Parole de Vie]
31 « Le Royaume des cieux ressemble à ceci : Un homme a pris une graine de moutarde pour la semer dans son champ.
32 C'est la plus petite de toutes les graines, mais quand elle a poussé, c'est la plus grande des plantes. Elle devient un arbre, et les oiseaux viennent faire leurs nids dans ses branches. »

Lorsque Jésus parle du Royaume de Dieu, c'est bien le Roi qui parle de son Royaume ! Mais au moment où il donne son enseignement on est loin de l'arbre majestueux où les oiseaux viennent faire leur nid ! Jésus n'est qu'un nouveau rabbi, un prophète pour certains, un faiseur de miracles pour d'autres, suivi par une foule de curieux et accompagné par une poignée de disciples. 

Et pourtant, Jésus est bien le chaînon ultime des prophètes qui ont entretenu l'espérance ancienne. Celle d'une pleine restauration du peuple de Dieu et celle d'un roi parfait pour le gouverner dans un règne sans fin. Il est le Messie promis. Celui dont l'attente a été alimentée par les prophètes qui se sont succédés depuis des siècles. 

Ne sommes-nous pas, aujourd'hui, dans une situation similaire ? N'y a-t-il pas 2000 ans que nous attendons l'accomplissement d'une promesse, celle du retour du Christ ? Cette espérance a été entretenue par les "prophètes" de l'Eglise, parfois maladroitement, parfois avec excès, parfois avec des développements théologiques discutables... mais l'espérance demeure. Nous attendons l'établissement du Royaume de Dieu, l'avènement d'une nouvelle Création avec la venue en gloire de notre Seigneur. 

Nous sommes invités à garder l'espérance, même quand elle tarde à s'accomplir... Et cela aussi est vrai à l'échelle de notre vie. Car il n'est pas toujours facile de garder l'espérance vivante. Où sont les promesses de Dieu quand je passe par l'épreuve, quand mes prières restent sans réponse ? Où sont les engagements du Seigneur quand le croyant fidèle souffre, est exclu ou subit l'injustice, et le méchant prospère ? 

La seule réponse à ces question est la foi, la confiance en Dieu et ses promesses, malgré tout !

 

Espérer dans les petits commencements

Le point commun aux deux textes d'Ezéchiel et de l'Evangile peut nous y aider : dans les deux cas, quelque chose de tout petit donnera naissance à une réalité grandiose. Jésus insiste sur le contraste entre l'origine toute petite du Royaume de Dieu, comme une graine de moutarde, et le résultat ultime imposant, un arbre où les oiseaux viennent faire leur nid. Un élément déjà présent dans le texte d'Ezéchiel où une simple branche devient finalement un cèdre majestueux. 

Le Royaume de Dieu, c'est l'histoire du salut en marche. Et si la perspective ultime est grandiose (lisez les derniers chapitres de l'Apocalypse !), les commencements sont tout petits... 

Il ne faut donc pas négliger les petits commencements. A l'exemple de la vie de Jésus. Tout a commencé dans une étable, au sein d'une famille modeste, dans un petit village de Judée. Et cela s'est terminé dans la gloire de la résurrection et de l'Ascension. Sans compter la gloire encore à venir !

Dans notre vie parfois un peu terne de chrétien, dans la routine de notre cheminement spirituel, on peut rêver de grandeur. Et vivre dans la frustration. Mais ne négligeons pas les petits commencements. Ceux d'une lecture, même un peu irrégulière, de la Bible. Ceux d'une vie de prière avec ses hauts et ses bas. Ceux de témoignages parfois maladroits, d'expression d'amour du prochain encore hésitants. Ceux d'une vie d'Eglise pas toujours exaltante, dans laquelle on aimerait qu'il y ait plus de monde qui s'engagent...

De ces petits commencements peuvent naître de grandes choses pour le Royaume de Dieu. Un regard de foi, ce serait peut-être d'être capable de voir dans ces petits commencements des promesses d'avenir. L'espérance, ce serait peut-être de ne pas céder au découragement ou à la frustration mais de garder confiance en celui qui mènera jusqu'à son achèvement l'oeuvre qu'il a commencée en nous. 

 

Conclusion

Espérer ! Ce verbe est à lui seul un défi qui nous est lancé... surtout dans le marasme actuel ! Mais de tout temps, et dans tous les contextes, des prophètes et des hommes de foi ont espéré envers et contre tout. Parce qu'ils croyaient aux promesses de Celui qui est au-dessus des circonstances et de l'histoire de notre monde. 

Nous aussi, croyons et espérons en ce Dieu qui dit : "Moi, le SEIGNEUR, j'ai parlé et je fais ce que je dis." (v.24)

 

 

Pour aller plus loin...

Questions bibliques et théologiques

Ezéchiel 31 développe une métaphore proche de celle de notre texte. Lisez ce texte et repérez les similitudes. 

  • En quoi ce texte éclaire-t-il le texte d'Ezéchiel 17.22-24 ?
  • Quel principe, repris dans les Evangiles, transparaît en Ez 17.24 ?

Questions personnelles

Réfléchissez à cette phrase l'épître aux Romains : "Nous sommes sauvés, mais en espérance seulement. Quand on voit ce qu'on espère, on n'appelle plus cela espérer. Les choses qu'on voit, est-ce qu'on peut encore les espérer ?" (Romains 8.24) [Parole de Vie]

  • Quel écho a-t-elle dans votre expérience de croyant ?

Rédigé par Vincent

Repost 0
Commenter cet article