"Pour vous, qui suis-je ?"

Publié le 20 Juin 2010

Bible.jpgLuc 9.18-22 

Un jour qu'il priait à l'écart et que les disciples étaient réunis auprès de lui, il leur demanda : Au dire des foules, qui suis-je ?

Ils répondirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur; pour d'autres, Elie; pour d'autres encore, un des anciens prophètes qui s'est relevé.

– Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?

Pierre répondit : Le Christ de Dieu.

Il les rabroua, en leur enjoignant de ne dire cela à personne, ajoutant qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué et qu'il se réveille le troisième jour.


Jésus prie à l'écart. Les évangiles laissent entendre qu'il le faisait régulièrement. Mais ici, il n'est pas seul puisque ses disciples sont avec lui. On ne sait pas s'ils priaient aussi, avec Jésus, ou non... 


En tout cas, apparemment au milieu de la prière, Jésus s'adresse à eux et pose une question : « Au dire des foules, qui suis-je ? » C'est un peu un sondage, une enquête... 


Et visiblement, les foules parlaient de Jésus puisque les réponses ne manquent pas. Chacun avait son opinion sur le bonhomme : on le prenait visiblement pour un prophète. Et on ne le comparait pas aux plus mauvais : Jean le baptiste ou Elie. Si on nous comparait à l'un d'eux, ce serait flatteur !


Mais en réalité, cette question n'intéressait pas vraiment Jésus. La vraie question, celle qu'il voulait en fait poser à ses disciples vient ensuite : « Et pour vous, qui suis-je ? » Ce n'est plus un sondage, c'est une question personnelle. 


Le texte de l'évangile ne le dit pas, mais j'imagine qu'il a dû y avoir un temps de silence après cette deuxième question de Jésus... C'est une chose de rapporter ce que les autres disent de Jésus, c'est tout autre chose de se positionner personnellement... 


Et c'est Pierre, une fois de plus, qui ose répondre : « tu es le Christ de Dieu ». La réponse est plus courte que dans la version de l'évangile de Matthieu mais la teneur est la même. Pierre reconnaît en Jésus le Messie. 


Et le Messie, c'est bien plus qu'un prophète, aussi grand soit-il, même Jean le baptiste ou Elie. Le Messie, c'est celui que tous attendaient, celui que les prophètes avaient annoncé depuis des siècles, celui qui devait apporter le salut pour son peuple. 


Jésus aurait dû le féliciter ! « Bravo ! Tu es un bon disciple ! C'est toi la nouvelle star ! » Au lieu de cela, Jésus reprend tous ses disciples. Il les rabroue et leur demande de ne rien dire... « Vous êtes les maillons faibles ! »


Pourquoi ? Si Jésus est le Messie, il faut le dire ! Une telle révélation devrait être proclamée à tous ! 


Si Jésus demande à ses disciples de se taire, c'est sans doute parce qu'il a conscience de la nature de sa mission... et qu'elle contrastait avec l'attente qu'avait le peuple à l'égard du Messie. Immédiatement après la parole de Pierre, Jésus évoque ses souffrances et sa mort en disant qu'il faut qu'il passe par là. 


Le peuple attendait un Messie politique, venu délivrer Israël du joug de l'empire romain. Jésus est venu en Messie souffrant. Il n'est pas venu bouter le romain hors de Judée mais délivrer son peuple, et tous les hommes, de l'emprise du péché. Le peuple voulait une délivrance politique, Jésus est venu apporter une délivrance spirituelle. 


Pour l'instant, le peuple ne pourrait pas le comprendre. Les disciples eux-mêmes ne peuvent sans doute pas comprendre. C'est pourquoi il vaut mieux qu'ils se taisent... pour le moment ! 


Plus tard Jésus enverra ses disciples par tout le monde annoncer la bonne nouvelle. Alors ils ne devront plus se taire. Mais entre temps, l'impensable aura eu lieu. Jésus sera mort... et ressuscité !


« Pour vous, qui suis-je ? »


Cette question posée par Jésus à ses disciples, d'une certaine manière, il nous la pose aujourd'hui encore. Et comme pour les disciples, il est plus facile de répondre à la première question : que disent les gens de Jésus ? Parce que là aussi, tout le monde à son avis. Les religions, les philosophies, même les athées... tous ont une opinion sur le personnage Jésus.


Mais on ne répond pas à la question de Jésus : « pour vous, qui suis-je ? » par une opinion. La réponse de Pierre n'est pas une opinion personnelle mais une confession de foi personnelle. « Tu es le Christ de Dieu... Le Messie. Celui que le peuple attend. Celui que moi, j'attends ! »

 


Passer de l'opinion à la confession de foi.


C'est la différence entre la croyance et la foi. La croyance est de l'ordre des opinions. On croit que Dieu existe. On croit que Jésus est le Messie, voire même le Fils de Dieu... La foi est une question de relation. Une relation de confiance, une relation d'amour. On affirme que Jésus est son Messie, son Sauveur, son Seigneur. 


Il y a bien un lien entre la croyance et la foi. Mais la croyance seule apparaît comme une opinion parmi d'autres, alors que la foi nous fait entrer dans une relation qui oriente toute notre vie et change radicalement notre quotidien.


 

Si on associe au rite du baptême quelques paroles de témoignage personnel, c'est bien pour exprimer cela. On ne baptise pas sur la base d'une adhésion à un credo impersonnel mais sur celle d'une profession de foi personnelle. 


Entrer dans la vie chrétienne, devenir disciple du Christ, c'est passer de la croyance à la foi, de l'opinion à la relation. 


 

Vivre sa foi et pas seulement la confesser


Même si la confession de foi de Pierre est juste, il n'est pas encore prêt à la proclamer... Jésus l'interdit encore à ses disciples. 


Mais que manque-t-il aux disciples ? Ne serait-ce pas le Saint-Esprit ? En effet, c'est lorsqu'ils auront reçu le Saint-Esprit que les disciples serons témoins du Christ, jusqu'aux extrémités de la terre (cf. Actes 1.8)


S'il s'agit juste de transmettre une doctrine, répandre une croyance, il n'y aurait pas besoin du Saint-Esprit ! Mais être témoin du Christ, c'est bien plus que cela. Dans l'optique de l'Evangile, témoigner de sa foi, c'est vivre sa foi. La force de l'Esprit saint, c'est de transformer nos croyances en foi, et de nous permettre de vivre notre foi de façon authentique. 


Voilà à quoi nous sommes appelés : vivre notre foi et pas seulement la confesser. Ce n'est pas le dimanche que se mesure notre foi mais dans le quotidien de notre semaine. Dans la façon dont notre foi génère en nous et autour de nous l'amour, la joie, la paix... bref, ce que Paul appelle en Galates 5.22 le fruit de l'Esprit !


 

Conclusion


« Pour vous, qui suis-je ? »


Gardons-nous de répondre de façon générale à cette question, ne nous contentons pas d'une réponse théologique. Posons-nous la question personnellement.


Pour vous, qui est Jésus-Christ ?

- Qui est-il le dimanche matin quand vous allez à l'Eglise ?

- Qui est-il le lundi matin quand vous allez au boulot ?

- Qui est-il quand il s'agit de prendre des décisions importantes dans votre vie ?

- Qui est-il quand vous gérez votre temps ou vos biens ?


Jésus, lui, sait ce que vous êtes pour lui. Vous êtes ses frères et ses soeurs, ceux pour qui il a donné sa vie. Mais qui est-il pour vous, aujourd'hui ? Baptisés ou non, nous sommes tous appelés à répondre à cette question, aujourd'hui et demain !


questionPour aller plus loin...

Pour prolonger la réflexion, quelques question bibliques et/ou personnelles.

 

 

 


Questions bibliques et théologiques

Comparez la version du même épisode dans l'évangile de Matthieu (Mt 16.13-21)

- Quelles sont les différences ? Quelles sont les paroles en plus chez Matthieu ? 

- Comment l'épisode suivant (Mt 16.22-23) peut-il éclairer le fait que Jésus interdise à ses disciples de dire qu'il est le Messie ?


Questions personnelles

Comment ce que je crois à propos de Jésus se traduit-il dans ma relation de foi avec lui ?

- Sa nature divine ? Son incarnation ? Sa mort et sa résurrection ? Son retour ?

Rédigé par Vincent

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